Un climat de peur par Richard Lindzen

Publié le par Le Gravier

Des tenants du réchauffement global réduisent les scientifiques sceptiques au silence.

A de nombreuses reprises on a pu entendre que l'activité des ouragans de l'année écoulée était une nouvelle preuve des changements climatiques causés par l'homme. De la vague de chaleur à Paris aux chutes de neige anormales à Buffalo, tout a été mis sur le dos des gens qui consomment de l'essence pour leur voiture, du gaz naturel et du charbon pour réchauffer, rafraîchir ou équiper leur foyer en électricité. Mais comment une hausse à peine discernable d'un degré dans la température moyenne du globe depuis la fin du XIXe siècle a-t-elle pu être considérée par le public comme la cause des récentes catastrophes météorologiques ? Et comment cela peut-il se traduire par des affirmations hasardeuses au sujet de catastrophes futures ?

La réponse est clairement liée à la mauvaise compréhension de la science du climat, et à une volonté de réduire la climatologie à un triangle d'alarmisme. Des affirmations scientifiques ambiguës sont exagérées par ceux qui ont un intérêt à défendre une position alarmiste, ce qui augmente les enjeux politiques pour les décideurs qui attribuent plus de crédits à la recherche scientifique qui produit des résultats alarmistes et qui augmentent encore les enjeux. Après tout, qui a envie de consacrer de l'argent à la recherche, qu'il s'agisse du SIDA, de l'espace ou du climat, s'il n'y a rien d'inquiétant ? En fait, le succès de l'alarmisme climatique peut être mesuré par l'augmentation des dépenses fédérales américaines en recherche climatologique, qui sont passées de quelques centaines de millions de dollars avant 1990 à 1,7 milliard de dollars. Il peut aussi être observé dans l'augmentation des dépenses dans les technologies solaires, éoliennes, liées à l'éthanol et au « charbon propre », ainsi que dans les autres investissements liés à l'énergie.

Mais cette frénésie auto-entretenue a un aspect plus sinistre. Les scientifiques qui manifestent leur désaccord avec l'alarmisme ambiant ont vu leurs crédits de recherche disparaître, leurs travaux discrédités et ont été traités de suppôts de l'industrie, d'escrocs scientifiques ou pire encore.

En conséquence, les mensonges sur les changements climatiques gagnent de la crédibilité alors même qu'ils sont en total désaccord avec la science qui est pourtant supposée être leur base.

Pour comprendre la persistance des erreurs de conception sur la science du climat ainsi que l'atmosphère d'intimidation qui règne, il faut une meilleure connaissance des problèmes scientifiques complexes sous-jacents. Pour commencer, voyons sur quoi il y a un accord.
Le public, la presse et les décideurs ont entendu à maintes reprises que trois affirmations sont généralement acceptées dans la communauté scientifique : la température moyenne du globe a augmenté d'environ un degré depuis la fin du XIXe siècle ; les niveaux de CO2 dans l'atmosphère ont crû d'environ 30 % sur la même période ; et le CO2 devrait contribuer à un réchauffement futur. Ces affirmations sont exactes. Cependant, ce que le public ne semble pas réaliser, c'est que ces affirmations ne sont ni une raison de s'alarmer, ni une preuve de la responsabilité de l'homme pour le petit réchauffement qui a déjà eu lieu.
En réalité, ceux qui profèrent les affirmations les plus fantaisistes démontrent leur scepticisme vis-à-vis de la science dont ils disent avoir la caution. Ce n'est pas seulement qu'ils claironnent des résultats de modélisations dont nous savons qu'ils doivent être faux. C'est surtout qu'ils annoncent avec fracas des catastrophes qui ne pourraient advenir même si les modèles auxquels ils se réfèrent étaient corrects pour justifier des politiques coûteuses dont l'objectif est d'enrayer le réchauffement planétaire. Si les modèles sont corrects, le réchauffement global réduit les différences de température entre les pôles et l'équateur. Lorsque ces différences sont réduites, le résultat est une réduction de la création de tempêtes extra-tropicales, pas une augmentation. Et, en fait, les simulations réalisées à partir des modèles confirment cette conclusion.
Les alarmistes ont justifié leurs allégations en se basant sur une remarque anodine de Sir John Houghton, du Panel International sur les Changements climatiques (IPCC) des Nations unies, selon lequel un monde plus chaud sera sujet à une plus grande évaporation de l'eau, et donc une chaleur latente fournissant plus d'énergie pour la création de tempêtes. Le problème est que cette capacité de l'évaporation de générer des tempêtes tropicales n'est pas liée uniquement à la température, mais aussi à l'humidité, et requiert en fait une diminution et non une augmentation de celle-ci. Les prévisions d'une augmentation drastique des températures sont basées sur plus d'humidité, pas moins, ce qui invalide l'idée d'une augmentation des tempêtes causée par le réchauffement.

Mais alors comment se fait-il que plus de scientifiques ne s'inscrivent pas en faux contre cette science de pacotille ? Je suis convaincu que beaucoup de scientifiques ont été refroidis non à cause de l'argent mais par peur. Un exemple : dans le courant de l'année, le représentant du Texas Joe Barton a écrit plusieurs lettres au paléoclimatologiste Michael Mann et à certains de ses coauteurs pour leur demander plus de détails sur une étude financée par le contribuable dont la conclusion est que les années 1990 ont probablement été la décennie la plus chaude du millénaire, et 1998 l'année la plus chaude. M. Barton s'inquiétait du fait que l'IPCC avait utilisé les seuls travaux de M. Mann pour encourager les décideurs à passer à l’action. Et que l'IPCC avait fait cela avant que le travail n'ait pu être dupliqué et testé, une tâche rendue d'autant plus difficile parce que M. Mann, un auteur clef pour l'IPCC, a refusé de publier les détails de ses expériences pour analyse. La défense de M. Mann par la communauté scientifique a cependant été immédiate et cinglante. Le président de l'Académie nationale des sciences (NDT : américaine), ainsi que la Société météorologique américaine et l'Union américaine de géophysique ont émis une protestation officielle, affirmant que la mise en cause par M. Barton du travail d'un scientifique sentait l'intimidation.

Le contraste est marqué avec le silence de la communauté scientifique quand deux antialarmistes ont subi les foudres du sénateur Al Gore. En 1992, il a dirigé deux commissions d'enquête du Congrès, durant lesquelles il a essayé d'intimider les scientifiques sceptiques, dont j'étais, pour qu'ils changent leur opinion et soutiennent sa position alarmiste. La communauté scientifique ne s'est pas non plus plainte quand M. Gore, alors vice-président, a tenté d'enrôler Ted Koppel dans une chasse aux sorcières destinée à discréditer les scientifiques antialarmistes – une proposition que M. Koppel a publiquement qualifiée d'inappropriée. Et la même communauté scientifique est restée silencieuse quand une série d'articles et de livres par Ross Gelbspan a calomnié les scientifiques qui n'étaient pas d'accord avec M. Gore en les traitant de valets de l'industrie des combustibles fossiles.

Hélas, ceci est seulement la partie émergée d'un iceberg qui ne semble pas se décider à fondre. En Europe, Henk Tennekes a été démis de ses fonctions de directeur des recherches de la Société royale hollandaise après avoir remis en question les fondements scientifiques des théories sur le réchauffement planétaire. Aksel Winn-Nielsen, ancien directeur de l'Organisation mondiale de météorologie des Nations unies, a été traité par Bert Bolin, directeur en chef de l'IPCC, d'instrument de l'industrie du charbon pour avoir osé mettre en doute l'alarmisme en matière climatologique. De respectés professeurs italiens, Alonso Sutera et Antonio Speranza, ont quitté le débat en 1991 après avoir apparemment perdu leurs crédits de recherche en climatologie pour avoir soulevé des questions embarrassantes. Enfin, il y a les standards particuliers mis en place par les publications scientifiques pour les articles proposés par ceux qui soulèvent des objections quant aux opinions acceptées en matière de climatologie. Chez « Science » et chez « Nature », de tels articles se voient souvent refusés sans même avoir été examinés sous prétexte qu'ils ne présentent aucun intérêt. Mais quand de tels papiers sont malgré tout publiés, alors les standards sont modifiés. Lorsque, avec plusieurs collègues de la NASA, nous avons tenté de déterminer la manière dont les nuages se comportent face aux variations de température, nous avons découvert ce que nous avons appelé « l'effet Iris » : les cirrus les plus élevés se contractent lorsque la température augmente, ce qui crée une rétroaction négative suffisante pour réduire fortement la réponse à l'augmentation du CO2 dans l'atmosphère.
En temps normal, les critiques de ce genre d'études sont publiées sous forme de lettres à la revue, auxquelles les auteurs peuvent répondre immédiatement. Dans notre cas (et dans d'autres), au contraire, une série d'articles préparés à la hâte ont été publiés, dans lesquels leurs auteurs prétendaient avoir découvert des erreurs dans notre étude. Nos réponses ont été retardées pendant des mois, et parfois encore plus longtemps. Ce délai a permis de qualifier notre article de « discrédité ».
Il semble en fait régner une étrange répugnance à rechercher la façon dont fonctionne réellement le climat. En 2003, lorsque la première proposition du National Climate Plan américain a insisté sur la priorité qu'il y avait à augmenter nos connaissances sur la sensibilité du climat, le Conseil national de la recherche scientifique a, au contraire, demandé à ce que l'on soutienne les recherches sur l'impact du réchauffement, non sur le fait qu'il puisse ou non avoir lieu.

L'alarmisme en lieu et place de la simple curiosité scientifique semble essentiel pour le maintien des crédits de recherche. Et seuls les scientifiques les plus chevronnés ont la capacité de s'élever contre cette fièvre alarmiste et défier le triangle infernal des climatologues, des activistes et des décideurs.

Richard Lindzen, « Climate of Fear », article paru dans le « Wall Street Journal » du 12 avril 2006.

Traduction : Frédéric Wauters.

M. Lindzen occupe la chaire Alfred P. Sloan de professeur de science atmosphérique au MIT (Massachusetts Institute of Technology).

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Commenter cet article

Miss Tigri 13/03/2010 20:17


Je sais que le Gravier est aujourd'hui (13/03/10) en deuil d'un de ses chanteurs préférés. Nous fera-t-il prochainement un article sur Jean Ferrat?