Monsieur Plantu il ne faut jamais monter au mât avec un derrière sale

Publié le par Le Gravier

Quand Plantu reçoit une dotation d’une dictature.

Vladimir MARCIAC

(Pour ceux qui ont raté le début, voir : http://www.legrandsoir.info/Plantu-...).

Il existe un pays, que Plantu aime bien (vous allez voir) et auquel l’ONU reproche de flirter avec les joyeusetés suivantes (liste non exhaustive) : discrimination raciale, lapidation, flagellation, torture, absence de loi contre la violence faite aux femmes au foyer et leur séquestration, coups de fouet pour « relations sexuelles illicites » ou consommation d’alcool, arrestations, sévices et exploitation sexuelle des enfants, vente et prostitution des enfants, oeuvres pornographiques mettant en scène des enfants, migrants humiliés, insultés, brutalisés par la police, placés en centre de rétention « simplement en raison de leur statut de migrants. », traite d’êtres humains.

Ce pays n’est pas Cuba, où rien de tout cela n’existe, sinon Plantu se serait fâché tout jaune, mais le Qatar. Les informations ci-dessous sont extraites d’un rapport de l’ONU, Conseil des droits de l’homme, Groupe de travail sur l’Examen périodique universel, Septième session, Genève, 8-19 février 2010. Elles figurent dans une compilation établie par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, conformément au paragraphe 15 b) de l’annexe à la résolution 5/1 du Conseil des droits de l’homme. http://fr.alkarama.org/index.php?op...

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Ajoutons que dans ce pays polygame et misogyne, le pouvoir est héréditaire et que la presse est libre de parler de tout, à condition de respecter la charia (loi islamique) et de ne pas s’en prendre à la famille régnante et au gouvernement (pléonasme).

Le lundi 20 décembre 2010, moins d’un mois avant la parution du dessin ignominieux de Plantu mettant sur le même plan le président du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, et Marine Le Pen, dessin justifié d’après l’auteur par le refus du député européen de qualifier Cuba de dictature, Plantu a reçu le prix « Doha Capitale Culturelle Arabe » (10 000 euros) des mains de l’ambassadeur du Qatar, Mohamed Al Kuwari.

A cet instant s’impose l’inusable dicton qui dit que pour monter au mât il faut avoir le derrière propre.

En recevant le prix, le dessinateur a prononcé un discours mielleux où l’on a pu entendre : « Que ce soit au Qatar ou au Proche-Orient, j’apprends beaucoup sur la liberté d’expression et sur la liberté de penser ». Intégralité du discours ici :

http://www.cartooningforpeace.org/w...

Le journal britannique (très modérément castriste et, si ça se trouve, encore moins chaviste) The Economist, a créé un indice de démocratie en examinant 167 pays dans le but d’évaluer qualitativement leur niveau de démocratie.

La France obtient le numéro 31, Cuba, 121, le Qatar, 137 (derrière la Chine) dans la catégorie « Régimes autoritaires ».

Ainsi donc, pour un journal économique lié aux oligarchies, Cuba exécrée par Plantu, menacée par une énorme puissance militaire, économique, médiatique, est plus méritante qu’un Emirat que personne ne songe à envahir ni à détruire et pour lequel Plantu a les yeux de Chimène, la main preneuse, la louange aux lèvres, la révérence au genou et l’esprit républicain là où vous imaginez.

On dira que Plantu, abonné au Monde, connaît plus par cela les moeurs de Cuba que celles du Qatar (qu’il a pourtant visité plusieurs fois !). Mais s’il n’en lisait pas uniquement les pages anti-Amérique-latine, une information que son employeur a publiée ne lui aurait pas échappée et, dans un haut-le-cœur de démocrate indigné, il aurait refusé la distinction et l’argent du Qatar.

Il s’agit de deux jeunes Phillippines, qui se sont enfuies le 15 août 1995 de l’ambassade du Qatar à Paris, et dont le cas a été signalé par le Groupe d’information et de soutien des travailleurs immigrés (Gisti) au Quai d’Orsay. Leur contrat de baby sitter signé par l’ancien ambassadeur à Paris, prévoyait un salaire de 300 dollars par mois pour « un maximum de huit heures de travail par jour ; six jours par semaine » et trente jours de congés tous les deux ans. L’employeur se réservait en outre le droit de mettre fin au contrat en cas « d’engagement dans des activités syndicales ».

S’il avait su cela, Plantu nous aurait aussitôt fignolé un dessin cinglant où l’on aurait vu (c’est une suggestion) deux petiotes en guenilles courant se réfugier dans les bras de Marianne tandis qu’un gros émir aux doigts bagués d’or essaierait de les assommer en leur lançant des barils de pétrole. Ou alors, un émir Ténardier hurlant sur les soeurs jumelles Cosette sous l’oeil courroucé de Marianne.

La chute de cette histoire d’arroseur arrosé nous est fournie par Robert Ménard, à qui Plantu consacra un dessin attendri parsemé des petits coeurs écarlates quand il quitta RSF, Ménard qui, lui aussi, accepta l’argent du Qatar et qui en revint en disant : « Tout simplement, il n’y a pas de liberté de la presse, au Qatar ».

Bon, maintenant que vous savez tout, Plantu et Ménard, rendez l’argent, SVP !

Vladimir Marciac, (pour Le Grand Soir).

PS. Et parlez moins fort, c’est mieux.

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