Vaccin contre la grippe A : un enterrement des plus discrets

Publié le par Le Gravier

Il n'est plus conseillé à tous les Français de se faire vacciner contre la grippe A. Ce que le ministère de la Santé n'ébruite pas.

Un porcinet se fait vacciner par un Storm Trooper (Didbygraham/Flickr)

Les experts chargés d'éclairer le gouvernement ne recommandent plus à tous les habitants de se faire vacciner contre la grippe A. Seulement deux exceptions : les sujets à risque et les personnels de santé. Un avis rendu il y a douze jours et sur lequel le ministère de la Santé n'a pas cru bon communiquer.

Cet oubli peut surprendre. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) n'est pas un obscur comité Théodule. Selon la loi, il a entre autres pour mission de :

« Fournir aux pouvoirs publics, en liaison avec les agences sanitaires, l'expertise nécessaire à la gestion des risques sanitaires ainsi qu'à la conception et à l'évaluation des politiques et stratégies de prévention et de sécurité sanitaire. »

 

Par ailleurs, ne parle-t-on pas ici de modifier la politique en matière de vaccination contre la grippe A/H1N1, l'épidémie qui a agité le ministère et les médias pendant des mois ?

Difficile de penser que la ministre a la tête ailleurs, même si elle est touchée par deux départs, celui de son directeur de cabinet et celui d'un responsable des crises sanitaires.

Le passage de l'avis du HCSP qui concerne la population à vacciner.

Un avis pour élaborer des scénarios

En douze jours, le ministère n'a pas trouvé le temps -ou n'a pas jugé utile- d'informer le grand public sur cet avis. (Télécharger l'avis) Au cabinet de Roselyne Bachelot, on nous explique que « la direction générale de la santé est en train de l'analyser avant de voir ce qui sera décidé. »

Le Haut Conseil de la santé publique a pourtant été sollicité par le directeur général de la Santé, Didier Houssin le 6 janvier. Il était demandé aux experts de la commission « maladies transmissibles » un avis, afin notamment :

  • d'élaborer des scénarios de stratégie vaccinale
  • de préparer la campagne de vaccination contre la grippe pour 2010/2011

Un brin gêné par mes questions sur cet étrange silence, le cabinet de la ministre se défend :

« L'avis précise que le risque individuel persiste. »

 

Le cabinet aurait aussi pu préciser, comme le dit poliment l'avis, « que toute personne qui le souhaite doit pouvoir être vaccinée ».

9% de la population vaccinée, 19 à 30% immunisée

Téléchargez l'avis

Combien de personnes reste-t-il à vacciner parmi les populations à risque et les personnels de santé ? Le ministère n'a pu nous fournir les chiffres, mais il ne devrait logiquement plus rester grand monde, car ces personnes avaient dès le début été classées comme prioritaires et invitées à se rendre dans les centres de vaccination collective dès les premiers vaccins disponibles, en novembre.

Le HSCP (qui n'a pu répondre à nos questions) fait aussi un bilan en creux de la politique vaccinale :

  • 5,74 millions de
    personnes ont été vaccinées, soit 9% de la population ;
  • mais 12 à 18 millions de personnes (19 à 30% de la population) seraient immunisées contre le virus, beaucoup l'ayant été par infection.

Au final, l'immunité de la population atteint un chiffre « proche de la proportion de la population qui devrait être immune pour interrompre la circulation virale », remarquent les experts. Une bonne nouvelle qu'il faut se garder de répandre, car elle ne va pas dans le sens de la stratégie du tout vaccinal élaborée jusqu'ici.

En décembre, une conférence de presse par jour

A l'heure qu'il est, la politique officielle reste donc de vacciner tout le monde. Pourquoi se dépêcher de communiquer sur un tel avis, alors qu'il reste encore des millions de vaccins en stock, même si une partie est revendue à l'étranger ? Les négociations avec les labos patinent et l'État va sans doute devoir payer des indemnités pour l'annulation d'une partie des contrats.

Pour rappel, le ministère de la Santé a mis tellement d'énergie dans sa campagne de communication sur la grippe A que, au moins depuis septembre dernier, le rythme des conférences de presse sur la grippe était hebdomadaire.

Il était même devenu quotidien pendant plusieurs semaines en décembre, des conférences de presse étant organisées « avec le ministère de l'Intérieur portant sur la fréquentation des centres de vaccination », nous précise-t-on au ministère.

Photo : un porcinet se fait vacciner par un Storm Trooper (Didbygraham/Flickr) ; le passage de l'avis du HCSP qui concerne la population à vacciner.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article