USA: La Santé Pour tous ?

Publié le par Le Gravier

Maintenant, nous savons ce que veut dire l’administration d’Obama par "réforme du système de santé". Elle veut dire garantir le droit des compagnies d’assurances et pharmaceutiques de réaliser des bénéfices. Elle veut dire faire de l’assurance maladie comme pour l’assurance automobile : obliger tout le monde à souscrire à une assurance auprès d’un assureur privé, sauf pour les plus pauvres d’entre nous, à qui on proposera une "option publique" limitée et coûteuse au point d’en discréditer le terme de "public" chaque fois qu’il sera associé à "système de santé".

Il n’y a pas de façon polie de dire ça. Si vous faites partie des millions qui ont voté pour le Parti Démocrate aux élections pour le Congrès ou la Maison Blanche, l’an dernier, parce qu’ils promettaient de mettre en place une assurance maladie universelle, vous avez été berné et trahi.

La législation dont a accouché la Chambre, samedi dernier, est un pas de géant en arrière qui nous éloigne du système de santé de qualité, abordable, non exclusif ("everybody in, nobody out" (*) ) que, d’après les sondages, veulent la grande majorité des citoyens aux Etats-Unis.

Ceux qui soutiennent la Maison Blanche persistent à dire que même si la loi est imparfaite, c’est un pas de géant en avant, qui permet d’offrir une assurance maladie à des millions de personnes qui n’en avaient pas, et qu’en tous cas, c’était ce qu’ils pouvaient faire de mieux dans la conjoncture politique actuelle. Difficile d’imaginer que quiconque peut gober ça.

Au lieu de reconnaitre que l’accès aux soins de santé pour tous était un droit fondamental, la Maison Blanche et les démocrates du Congrès ont gravé dans le marbre le droit des entreprises privées à réaliser des profits sur la distribution ou la non-distribution de soins médicaux.

L’assurance maladie sera obligatoire, comme l’assurance auto, et les subventions publiques permettront à tous d’acheter les produits de mauvaise qualité, trompeurs et défectueux du secteur de l’assurance privée, qui déjà perçoit un dollar sur trois de l’argent consacré aux soins de santé, juste pour servir d’intermédiaire entre le patient et la prestation dont il a besoin.

Parmi les millions de nouveaux clients que les assurances vont voir arriver grâce au "mandat individuel" (comme ils disent), beaucoup sont les jeunes en bonne santé qui versent des cotisations et ont rarement besoin d’aller chez le médecin – les clients les plus rentables pour les assurances.

Les compagnies pharmaceutiques seront protégées de la concurrence avec les génériques grâce aux médicaments dont la croissance est la plus rapide : la soi-disant "biopharmacie", qui prépare à peu près tous les vaccins.

L’option publique qui, avaient assuré les progressistes tout l’été, serait la ligne jaune qu’ils ne franchiraient pas, avait déjà été écartée dès le début du printemps. Les élus le savaient mais ils nous ont raconté des bobards tout l’été en se répandant avec enthousiasme sur ces merveilles imaginaires, nous expliquant que cela permettrait de réduire les dépenses et de concurrencer efficacement les assureurs privés.

Même Howard Dean nous a raconté que l’option publique était "mieux pensée que Medicare". Il mentait, comme l’ont fait beaucoup de démocrates. Et l’interdiction de l’utilisation de la clause "état de santé préexistant" est annihilée par les dispositions de la loi qui encouragent les compagnies d’assurance à instaurer des bonus pour "bonne santé", un moyen détourné de pratiquer le même genre de segmentation que permettait la discrimination basée sur un "état de santé préexistant".

Non seulement les compagnies d’assurances n’auront pas le droit d’offrir des services concernant l’avortement pour les polices financées par l’état mais elles ne sont même pas obligées de proposer des examens pelviens ou des services du planning familial de quelque sorte que ce soit. Certaines compagnies ne le feront donc pas, c’est indubitable.

Medicare va être amputé de, selon la version que vous préférez, 300 à 500 milliards de dollars et les aides de ceux qui en bénéficient seront taxées pour financer l’"option publique" et les contrats bas de gamme des assurances privées, ce qui permettra aux républicains racistes de dire à leurs concitoyens que leurs impôts payés à la sueur de leur front sont utilisés pour rembourser les médicaments de Noirs fainéants et profiteurs et de soi-disant "immigrés clandestins".

Et même si des millions de personnes vont aussi bénéficier d’une quelconque assurance maladie, à peu près tous ceux qui en prendront une entre maintenant et 2013 le feront grâce à l’extension de Medicaid car ils ne pourront pas souscrire à une assurance auprès des compagnies privées qui n’offriront pas les contrats privé-public avant 2013 au plus tôt.

Pourquoi faut-il trois ans, voire plus, pour mettre en place cette tentative du président Obama de réformer le système d’assurance maladie quand Medicare, dans les années 60, avait été totalement opérationnel en moins d’un an, c’est une question qui n’a jamais été posée. 2013, c’est loin. C’est à deux séries d’élections de là, après les mi-mandat de 2010 et après la campagne pour les présidentielles de 2012.

L’espoir est une drogue qui monte à la tête, mais il est difficile de s’imaginer comment la pipe à crack va pouvoir rester chaude tout ce temps-là. Entre aujourd’hui et le moment où les illusions sur la réforme de santé promise par Obama seront dissipées, des milliers de personnes seront mortes parce qu’elles n’auront pas pu se soigner, et des centaines de milliers d’autres seront en faillite personnelle. Les écarts entre les promesses et les faits se multiplient, et pourraient coûter aux démocrates la majorité au Congrès dès l’an prochain.

Mais le véritable changement vient rarement, si ce n’est jamais, d’en haut. Le véritable changement vient d’en bas. La vague de sit-in et d’actions civiles qui déferle en faveur de l’assurance maladie publique, la seule solution plausible à la crise, ne montre pas de signes de faiblesse. Comme les crises de l’immobilier et les crises économiques générales, dont le gouvernement et les médias nous annoncent la fin tous les jours, la crise du système de santé va traîner en longueur pendant un bon moment.


Bruce Dixon (source Le grand Soir)

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