La tentation du Troupeau

Publié le par Le Gravier




Je tournais jadis un documentaire sur la transhumance des moutons. Il s'agissait pour les bergers, l'hiver arrivant, de mener des centaines de bêtes des hauts plateaux vers la vallée plus clémente.

En bon parisien, j'avais une image idéalisée voire noble de l'animal. Déception : Sur site, je constatais son imbécillité.

En groupe, il n'est pas plus malin mais plus obéissant. Le collectif compact lui donne même un aspect conquérant et déterminé, presque majestueux. Le troupeau constitué, il devient aisé pour un chien de berger de le mener où il veut. Le bon berger est celui qui a le taux de perte le moins élevé. Dans la précipitation provoquée par les aboiements, quelques moutons tombaient régulièrement de la falaise, se brisaient les pattes sur la rocaille ou s’éclataient le crâne contre les parois des passages ardus.

La bêtise du mouton, c’est une marotte. Mais plongé au milieu avec sa petite caméra, luttant pour ne pas être emporté ou piétiné, on perçoit pleinement sa force d'entraînement.

Ce qui me ramène au message d'une amie qui, après m'avoir fait part de ses interrogations pendant six mois, laissait hier soir une note accompagnée d'un smiley sur son profil facebook :

« Demain, vaccin grippe A. »

Et ce n'est qu'une réaction parmi la kyrielle des volte-face soulagées qui me sont envoyées à la face par les dubitatifs d'hier depuis trois jours.

Bref, nous y sommes : Ce point limite où, impressionnée par le mot "mutation" appliqué à deux cas norvégiens (ah l’exemple norvégien !), titillée par l'évocation du vocable "enfant", bombardée par le compte à rebours des écoles fermées (264 sur 66.000 ce qui nous fait un apocalyptique 0.3%) et les menaces mortelles d'une Ministre de la Santé (de qui?) passée en mode terminator, la foule bascule et, après avoir boudé les centres de vaccination s’y précipite par paquets de beaucoup.

Enfin... si j’en crois cette télévision qui multiplie depuis quatre jours les émissions sans autre point de vue que Le vaccin c'est pas obligatoire, c'est obligatoirement à encourager (tu captes la nuance connard ?).

Le bon message répété et répété par des médias et un gouvernement occupant la majorité de leur temps d'émission à escamoter les vrais problèmes quand ils ne déroulent pas le tapis publicitaire aux banquiers, peine la brebis galeuse que je suis à me convaincre qu'il en va de mon bien.

Néanmoins, le revirement populaire, plus sécuritaire que sanitaire (tombant au moment où sont annoncés de nouveaux mouvements sociaux), est déstabilisant pour celui qui reste sur place : Nous ne sommes pas au pays de l'union pour le mouvement populaire pour rien.

De l’esprit de consommation appliqué à la santé publique.
La polémique contre le vaccin était hype, elle est désormais dépassée.

L'habitué aux shoots publicitaires se rend aujourd’hui d'un seul homme dans les hypermarchés de la piquouse en exigeant sur le champ de consommer de la sauvegarde en seringue. Les abstentionnistes de la rentrée font désormais deux heures de queue et insultent le personnel parce que cela ne va pas assez vite ! Que même si on leur fait un update dans trois mois parce que la première version était buguée, ils y reviendront !

Concentrations humaines et files d'attente interminables en plein froid devant les Bachelot Centers : Les conditions idéales pour attraper la mort comme on dit.

Il paraît que suis particulièrement exposé. Pensez-donc : Trentenaire, pas une grippe en vingt ans et de gauche. Je suis plus qu'en danger, je suis une menace statistique !

Rien à faire. Je reste confiant dans ma méfiance envers une opération qui sent l'opération juteuse, le test, la communication (coup de la pénurie alors qu'il y a plus de vaccins que d'habitants), l'infantilisation et si peu la sincérité ou la santé.

Non vacciné, je sais quoi craindre : La grippe A.

Suis-je rationnel ? Le sont-ils ? Chacun cherche son chien de berger.

Que ceux qui veulent la solution miracle à un problème qui existe peu, optent pour l'aiguille qui rassure. Mais attention, il en va dans ce domaine comme dans deux autres, connexes, que sont la grande distribution et la politique : Au bout de quelques années, plus personne ne reçoit vos plaintes pour malfaçon et usage défectueux.

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