Réchauffement climatique : la chasse au Giec est ouverte

Publié le par Le Gravier

Les prévisions du groupe d'experts sur le climat sont contestées, et des scientifiques demandent la démission de son président.

Rajendra Pachauri, président du Giec, lors d'une conférence au forum de Davos 2008 (Stefan Wermuth/Reuters)

Photo : Rajendra Pachauri, président du Giec, lors d'une conférence au forum de Davos 2008 (Stefan Wermuth/Reuters


Le groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec) peut-il encore prétendre faire autorité quand il commet d'énormes erreurs ? La défense des scientifiques tient-elle la route ? Pourquoi la communauté des climatologues est-elle attaquée maintenant ? Autant de questions posées depuis la bourde sur la fonte de l'Himalaya, annoncée par erreur avec trois siècles d'avance.

Peu avant le sommet de Copenhague, la publication d'emails piratés entre chercheurs anglais (le Climategate), avait jeté un premier soupçon sur la neutralité des experts, qu'on découvrait prêts à « arranger » des données pour asseoir la crédibilité de leurs prédictions.

Le Climategate avait fait un flop en France, où la majorité de la presse presse se méfie des « sceptiques ».

Les trois accusations

Depuis deux semaines, à l'étranger, c'est un déluge de critiques qui vise les rapports du Giec, et par ricochet leurs auteurs. Plusieurs prévisions de taille s'avèrent erronées :

  • La date de la fonte des glaciers de l'Himalaya, 2035, c'est-à-dire demain. Manifestement, toutes les procédures de révision n'ont pas été respectées, a reconnu le Giec lui-même.

    Si le groupe d'experts mandatés par l'ONU a fini par admettre une « erreur regrettable », il n'a pas réellement fait amende honorable, promettant simplement de revoir ses procédures de relecture pour en améliorer la fiabilité.

    Les scientifiques semblent coutumiers du téléphone arabe : la date de 2035 a été inspiré d'un rapport du WWF, qui lui-même reprenait un article de la revue New Scientist… Ou quand les médias et les ONG ont débordé les experts.

  • Le coût économique du changement climatique : sur son blog, le spécialiste d'études environnementales Roger Pielke Junior, qui a travaillé pour le gouvernement britannique et pour le Giec, a remarqué une bizarrerie en comparant deux versions du rapport de l'Anglais Nicholas Stern sur l'impact économique du réchauffement, repris par le Giec.

    Entre 2006 et 2007, l'impact estimé du changement climatique sur le PIB a été multiplié par dix ! Pielke avait déjà signalé cette erreur à l'époque dans le milieu scientifique, mais cela était passé inaperçu. Il explique à Rue89 :

« Ce sont des erreurs graves, destinées à rendre les conclusions plus alarmantes, pour que ça parle plus au public. »

 

Vu le grand nombre de prédictions avancées notamment par le groupe II du Giec, intitulé « impacts, adaptation et vulnérabilité », il est probable que d'autres bourdes soient révélées prochainement.

Qui en veut au Giec ?

Plusieurs hypothèses restent possibles quant à l'origine de la divulgation des erreurs. Depuis son prix Nobel de la paix collectif , tout ce que disait le Giec était parole d'Evangile, et les quelques voix qui comme Serge Galam, répétaient que « la climatologie n'est pas encore une science », restaient inaudibles.

A l'approche du sommet de Copenhague et de la mise en oeuvre de politiques contraignantes pour lutter contre le changement climatique, ceux dont les intérêts pourraient être mis en danger ont sorti les crocs.

Pour Amy Dahan, directrice de Recherche au CNRS et qui travaille sur « Changement climatique, Expertise et Futurs » :

« Il y a un contexte politique extrêmement dur, en particulier aux Etats-Unis avec les engagements d'Obama qui suscitent des inquiétudes, et les lobbies pétroliers ou des industries traditionnelles sont à l'oeuvre depuis longtemps. » [citation amendée par l'interviewée, ndlr]e

 

« Souvent, le Giec cherche le consensus au détriment de la science. »

Mais comme nous en avions débattu sur le plateau de la Ligne jaune (une émission d'Arrêt sur images), les médias ont aussi leur responsabilité lorsqu'ils retiennent seulement quelques chiffres-clés, résumant à outrance la complexité des conclusions scientifiques.

Au sein du Giec même, des dissidences existent en réalité depuis quelques années déjà. Cette semaine un éminent membre du Giec a reconnu qu'il fallait des prédictions qui aient un impact sur les décideurs. Et, désormais, on entend des démissionnaires s'exprimer. Comme Paul Reiter, entomologiste à l'Institut Pasteur qui s'est confié au Figaro :

« Des concepts erronés ont été introduits par des non-spécialistes du sujet. (…) Souvent, le Giec cherche le consensus au détriment de la science. Aujourd'hui, on m'accuse d'être sceptique. Je veux juste être scientifique. »

 

Faut-il couper des têtes ?

Jusqu'ici, le Giec est resté sourd aux critiques, cherchant à minimiser les erreurs commises. Mais quand la pression médiatique voire judiciaire augmente, les lignes bougent. Comme lorsque Michael Mann, chef des climatologues visés par le Climategate, s'était finalement mis en retrait de son groupe de recherche.

Personnellement mis en cause en tant que président du Giec, l'Indien Pachauri, dans le Times of India a refusé de démissionner. Il s'estime légitime à conduire le prochain rapport sur le changement climatique, assurant que toutes les « personnes rationnelles » continueraient à croire les conclusions du Giec.

Un appel à la démission du président du Giec

Bien plus sceptique que la presse française, la presse anglaise s'est mise à attaquer Pachauri sur ses liens avec l'industrie des énergies renouvelables. Le Telegraph (conservateur) l'accuse carrément de s'enrichir personnellement en donnant des conseils à des banques sur les quotas de CO2.

Avec deux autres scientifiques, Roger Pielke Jr a lancé un appel à la démission du président du Giec :

« Nous voulons surtout que les scientifiques déclarent leurs conflits d'intérêt. Si c'était le cas, Pachauri ne survivrait pas. Nous demandons aussi que des groupes soient nommés pour corriger les erreurs. »

Source: http://www.rue89.com/planete89/2010/01/29/rechauffement-climatique-la-chasse-au-giec-est-ouverte-136098

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