Manuel Valls

Publié le par Le Grand Soir

Bernard GENSANE

Le dirigeant socialiste Manuel Valls s’est prononcé contre la grève des cheminots qui « coûte 20 millions d’euros tous les jours ».

Valls vient de publier un livre intitulé Pouvoir. On pourrait épiloguer sans fin sur ce titre. Mais ne nous livrons pas à de la psychanalyse de comptoir.

Valls propose de réformer les retraites de concert avec la droite. Dans le consensus. Et dans la « pédagogie ». Il faut continuer à remettre en cause les régimes spéciaux, aligner le public sur le privé. Sans nivellement par le bas. Ah bon ? Proposer un système de retraite « à la carte ». Il faudra cotiser 43 annuités. Pas de tabou ! Ne pas « s’accrocher à des acquis dépassés ».

Revenons aux cheminots qui n’ont pas vraiment apprécié l’injonction de Valls. Ces travailleurs luttent, entre autre chose, contre la privatisation de la SNCF (qui a commencé il y a des années de manière subreptice et pas vraiment franche) et donc contre la fin de leur statut d’employés d’une entreprise de l’État.

À Valls, des militants cégétistes du Nord-Pas-de-Calais viennent de répondre ceci (repris par le site Bella Ciao) :

« En cette journée d’action de grève chez les Cheminots, certaines personnes bien intentionnées nous ressortent : « C’est une GREVE CORPORATISTE ».

Alors :

Si empêcher de mettre 1000 camions en plus par jour sur les routes, c’est corporatiste,

Si améliorer la sécurité des transports en empêchant de faire reculer les conditions sociales et de travail des cheminots, c’est corporatiste,

Si dénoncer la politique de la SNCF qui est à l’inverse du "développement durable" et du grenelle de l’environnement, c’est corporatiste

Si demander à avoir plus de moyens humains et matériels pour donner un service de qualité aux usagers, c’est corporatiste,

Si dénoncer les dérives possibles en matière de Sécurité, c’est corporatiste

Si dénoncer que la SNCF met un maximum de moyens sur le TGV et pas sur le TER, alors que c’est le TER qui est du ressort du Service Public, c’est corporatiste,

Si, si, si ....... nous pourrions donner des exemples comme ceux là par dizaines, alors si c’est cela être corporatiste, OUI les Cheminots sont corporatistes du Service Public au service du public.

Les Cheminots, comme beaucoup d’autres salariés, sont soucieux de l’avenir des acquis sociaux, de la planète et des hommes et des femmes qui y habitent, ils sont des penseurs d’avenir !!!

Alors OUI, la CGT appelle à Agir pour ne pas Subir, parce que les moyens existent, les Françaises et les Français et parmi eux les cheminots valent plus que les banques. Alors que le gouvernement a trouvé les moyens en injectant des milliards pour sauver les banques, pourquoi n’aurait-on pas les moyens pour sauver nos acquis sociaux ? Lorsque l’on voit le nombre de suicides, de dépressions que suscite la soit disante crise, dont nous ne sommes en rien responsable, oui les salariés ont raison de lutter, non les cheminots ne sont pas des égoïstes qui luttent pour des privilèges, ceux qui ont des privilèges se sont les patrons du CAC 40 qui ont vu leurs salaires croître à la vitesse du TGV, pendant que celui des cheminots se smicardisait ! »

Le blog Indépendance des chercheurs rétorque, quant à lui, ceci :

« Le 8 avril, les médias commentent le désaveu public adressé par le dirigeant et élu du Parti Socialiste Manuel Valls à la grève des cheminots. Valls, qui fut l’un des participants à la rencontre de Bilderberg d’il y a deux ans, se plaint hypocritement du “ coût ” de la grève mais se montre beaucoup moins bavard sur celui de la casse des services publics. Sous la “ gauche plurielle ”, Manuel Valls fut notamment chargé de la communication et de la presse au cabinet du Premier ministre Lionel Jospin, en pleine frénésie de privatisations, de définition de stratégies de démantèlement des services publics et de planification de la casse sociale. Cette politique, commencée il y a environ ving-cinq ans, poursuivie depuis par tous les gouvernements et renforcée par la mise en place progressive des structures marchandisées de l’Union Européenne, menace l’ensemble des services publics. Elle correspond également à l’application de l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) depuis 1994. Le samedi 10 avril, une assemblée générale de défense de l’éducation publique, de la maternelle à l’université, est prévue à Paris, au centre Censier. »

Tout pouvant arriver en politique (Sarkozy était dans les choux il y a moins de dix ans), Manuel Valls sera peut-être le prochain Président de la République française. Quand on l’écoute à la radio, ce qui frappe à l’oreille, c’est qu’il a le phrasé de François Hollande. Mais il a un gros avantage sur lui : huit ans de moins. Ils sont unis dans leur amour pour le social-libéralisme (ne jamais oublier que, dans cet expression, le mot important, le substantif, c’est libéralisme).

On vient toujours de quelque part. Si j’en crois Wikipédia (je n’ai pas d’autres lumières le concernant), Valls vient d’un milieu – catalan certes – mais aisé. Son père était artiste-peintre, sa mère enseignante. Un de ses grands-pères, nous dit-on, « cacha des prêtres persécutés par les trotskistes et les anarchistes ». Ce grand-père était peut-être « républicain et catholique », les prêtres persécutés étaient forcément franquistes, anti-républicains, en faveur de l’ordre du sabre et du goupillon.

Toujours selon Wikipédia, Valls se dit « blairiste », du nom de Anthony Blair, un Premier ministre travailliste qui est allé, dans bien des domaines, plus loin dans la casse du monde du travail que la conservatrice Margaret Thatcher. Il se dit également (collons-nous des étiquettes anglo-saxonnes, ça fera plus joli) « clintonien », du nom de William Clinton, un Président des États-Unis qui a fortement contribué a repousser le Parti démocrate toujours plus vers la droite, un parti dont Valls voudrait que le sien s’inspirât davantage pour entrer dans la modernité.

En bon présidentiable, Valls sait faire la girouette. Il fut proche de Rocard, puis de Jospin. Lors du débat de 2005 concernant le Traité constitutionnel européen, dernier vrai débat contradictoire que la France ait connu, il se déclara en faveur du non, puis du oui après le vote interne au parti. Il fut du nombre des élus PS qui trahirent le vote du peuple français en ratifiant le Traité de Lisbonne en 2007 lors du Congrès du Parlement français. Valls est, par ailleurs, un obsédé de la sécurité (« Policing the poor », comme on dit outre-Manche). Son ancienne épouse travailla pour la société d’Alain Bauer, AB Associates, spécialisée dans les problèmes de délinquance, de sécurité, de « veille stratégique », d’« assistance à la gestion de crise ». Conseiller de la police de New York (ce qui n’est pas donné à tout le monde) et de Sarkozy, Bauer fut membre de l’Unef à la même époque que Valls, membre du Parti socialiste, et surtout président du Grand Orient de France, où Valls fit un passage éclair (toujours la girouette).

Si Valls accède un jour à la seule fonction digne de lui à ses yeux, nous serons bien gardés.

Bernard GENSANE

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