Les trois petits cochons racontés par « Wall Street »

Publié le par Le Gravier


les-trois-petits-cochons.jpg
Vous connaissez l’histoire, de la maison de brique et de la maison de paille qui ne résiste pas au souffle puissant du grand méchant loup ?


 

Le journaliste, Bret Stephens, du Wall Street  journal nous en donne une version trafiquée à l’idéologie libérale, un vrai conte pour enfant dans lequel c'est le loup qui construit la maison de brique.....

Heureusement, Naomi  Klein qui reste vigilante, rétablissait hier (3 mars 2010) la véritable histoire des trois petits cochons  dans un article du «  Guardian »  

J’ai fait une tentative de traduction de l’article, je la soumets ici, sans aucune prétention.

Le Gravier

Je suis conscient de mes limites en traduction, mais je pense ne pas trahir le sens général de l’article de Naomi Klein.

Le voici:

 

Milton Friedman n'a pas sauvé le Chili

 

La déréglementation a entraîné une crise économique mondiale en Septembre 2008 et tout le monde est redevenu  keynésien, il n'était pas facile d'être un adepte fanatique de l'économiste Milton Friedman à la fin de sa vie. Son fondamentalisme du libre marché était si largement discrédité que ses admirateurs avaient de moins en moins d'espoir de voir se reproduire leurs victoires idéologiques, si lointaines.

 

Un évènement désagréable est cependant apparu. Deux jours seulement après que le Chili ait été frappée par un tremblement de terre dévastateur, le chroniqueur Bret Stephens du Wall Street Journal a informé ses lecteurs que, « l'esprit protecteur de Milton Friedman planait sûrement au-dessus du Chili», car c'est « en grande partie grâce à lui que le pays a enduré une tragédie qui, ailleurs, aurait été une apocalypse ... Ce n'est pas par hasard si les Chiliens vivaient dans des maisons de brique - et les Haïtiens dans maisons de paille, quand le loup a soufflé pour tenter de les détruire.»

 

Selon Stephens, la politique radicale du libre marché que Milton Friedman et ses « fameux Chicago boys » avaient prescrit au dictateur chilien Augusto Pinochet est la base de la prospérité du Chili et des normes de construction les plus strictes en vigueur dans les nations prospères.

 

Cette théorie soulève une objection importante : les normes de construction parasismique, en vigueur dans le Chili moderne, ont été adoptées en 1972. Cette année-là est extrêmement importante, car c'est un an avant que Pinochet s'empare du pouvoir par un coup d'état sanglant téléguidé par les USA. Cela signifie que ces lois ne sont pas à mettre au crédit de Friedman ni à celui de Pinochet, mais à celui de Salvador Allende, le président socialiste démocratiquement élu du Chili. (En réalité de nombreux Chiliens doivent aussi en être crédités, puisque ces normes étaient une réponse à une longue histoire de tremblements de terre, la première loi étant adoptée dans les années 1930).

 

Il semble toutefois significatif que la loi ait été promulguée, au milieu même d'un blocus économique paralysant. (Richard Nixon n'avait-il pas proclamé il faut « faire crier l'économie » après la victoire d'Allende aux élections de 1970). Les normes ont ensuite été mis à jour dans les années 90, bien après que Pinochet et les Chicago Boys soient finalement mis hors circuit et que démocratie soit rétablie.

 

Cerise sur le gâteau : (souligné par Paul Krugman) Friedman était plus qu'ambiguë au sujet des normes de construction qu'il considérait comme une atteinte à la liberté capitaliste.

 

Dire, comme le fait Stephens, que les politiques « Friedmantiste » sont la raison pour laquelle les chiliens vivent dans des « maisons de briques plutôt que dans des maisons de pailles » montre clairement qu'il ne sait rien de la situation du Chili avant le coup d'état. Le Chili des années 1960 avait le meilleur système de santé et d'éducation du continent, ainsi qu'un secteur industriel dynamique et une classe moyenne en expansion rapide. Les chiliens avaient confiance en leur état et Allende fût élu pour cette raison : mener le projet encore plus loin.

 

Après le coup d'état et la mort d'Allende, Pinochet et ses Chicago Boys ont fait de leur mieux pour démanteler sphère publique du Chili, vendant aux enchères les entreprises d'état et abolissant les règles du commerce et de la finance. Des richesses énormes ont été créés en cette période, mais à un coût terrible : dans le début des années 80, la politique inspirée par Friedman et prescrites à Pinochet a causé une rapide désindustrialisation, une multiplication par dix du taux de chômage et une explosion d'instables bidonvilles. Elle a également conduit à une crise liée à la corruption et à la dette telle qu'en 1982, Pinochet était obligée d'écarter ses conseillers clés, les Chicago Boy et de nationaliser plusieurs grands établissements financiers déréglementés. (Cela ne vous rappelle rien ?).

 

Heureusement, les Chicago Boys n'ont pas réussi à défaire tout ce qu'Allende avait accompli. La société nationale du cuivre, Codelco, est restée aux mains de l'État, empêchant à la fois, le pompage des richesses dans les coffres publics et une emprise totale sur l'économie chilienne par les Chicago Boys .Ceux-ci n'ont également jamais eu le temps de détruire les normes contraignantes du bâtiment que l'on doit à Allende, un oubli idéologique pour lequel nous devrions tous être reconnaissants.

 

Merci à CEPR qui a mis à jour les origines des normes du bâtiment au Chili.

 Naomi  Klein

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article