Le débat sur l’origine anthropique du réchauffement climatique

Publié le par Blog de Paul Jorion

neige et froid

 Reprise d'un post sur le blog de Paul Jorion

L’important n’est pas de savoir si le réchauffement est d’origine humaine, mais de chercher comment protéger l’humanité contre ses conséquences.

Le débat sur l’origine anthropique du réchauffement climatique prend une tournure de plus en plus surréaliste. Personne ne conteste la réalité du réchauffement en cours qui est attesté, entre autres, par l’accélération de l’accroissement des températures moyennes dans le monde, la fonte des glaces permanentes, et dans une moindre mesure, par la remontée du niveau des océans. Le débat porte sur la responsabilité de l’homme dans ce réchauffement ; il oppose ceux qui estiment qu’elle est pleine et entière, – l’homme apprenti-sorcier ayant fini par être assez puissant pour perturber la vie de la biosphère -, à ceux qui, sans l’exclure totalement, demandent néanmoins à voir, compte tenu des incertitudes qui pèsent sur la validité des modèles et des données qui ont permis aux tenants de la culpabilité humaine de conclure à l’implication de leurs moyens de transport, de leurs usines et de…leurs vaches.

L’enjeu du débat n’est bien entendu pas futile. Le monde sort à grand-peine d’une terrible crise financière qui a mobilisé des moyens considérables avant d’être enrayée, en attendant l’inévitable rechute. Les raisons profondes de cette crise n’ont en effet pas été traitées ; elles viennent de l’antagonisme irréductible entre le court-termisme ravageur sans cesse amplifié par les progrès des technologies de traitement et de transmission de l’information dans l’univers de la finance, et les besoins financiers du monde réel, confronté à l’épuisement prévisible de ressources minérales et fossiles limitées, et à la pollution des ressources naturelles indispensables que sont l’eau, l’air et les sols, dont les effets négatifs à long terme ne peuvent être combattus que par des investissements à long terme eux aussi, qui ont le mauvais gout d’avoir une rentabilité impossible à garantir dans un monde où le cours des matières premières et de l’énergie sert plus de prétexte à la spéculation sur des cotations qui varient au gré des rumeurs, qu’à ajuster véritablement l’offre et la demande comme le revendiquent haut et fort les théories libérales bien en cour.

 L’enjeu du débat sur l’origine du réchauffement n ‘est donc pas mince. Il s’agit de savoir si l’on va consacrer l’essentiel des maigres moyens disponibles à limiter les émissions de CO2 ou si l’on va consacrer ces moyens à essayer d’atténuer les effets négatifs pour les humains de ce réchauffement. L’application du principe de précaution, si cher aux écologistes, semble pour une fois plutôt militer en faveur de l’hypothèse qui n’est pas la leur. Rien ne prouve en effet que limiter les émissions de gaz à effet de serre sera suffisant pour faire baisser à temps le thermomètre moyen mondial. Tout indique par contre que cela condamnerait les pays qui n’ont pas eu l’occasion de beaucoup polluer dans le passé lors d’une révolution industrielle à adopter des modèles de fonctionnement qui ne leur permettront jamais d’atteindre le niveau de vie des plus privilégiés. On peut et on doit critiquer la référence à un modèle particulièrement pilleur et pollueur, mais il serait également arbitraire et anti-démocratique de chercher à l’interdire du jour au lendemain à ceux à qui l’on essaye depuis des décennies de le vendre au nom du progrès et de la démocratie qui l’accompagne. Le dialogue de sourds de Copenhague est de ce point de vue exemplaire, les pays émergents ayant refusé tout net de se laisser enfermer dans ce piège et réclamant à juste titre des objectifs d’émissions en termes de quantité par habitant, et non pas en quantité absolue par pays en prenant les émissions passées comme référence.

En revanche, on sait très bien calculer combien de terres habitées et/ou cultivables seront recouvertes par la montée des océans, quelles seront les pertes de récoltes en cas de sècheresse accidentelle ou par désertification de sols actuellement fertiles ou encore combien de personnes décéderont pendant les périodes de canicule. Passer d’une économie fondée sur le pillage et la pollution irréversible de ressourcés limitées en quantités à une économie basée sur des flux de matières premières et d’énergie renouvelables et/ou de matériaux recyclés en améliorant la gestion de l’eau, en maximisant le rendement de conversion de l’énergie solaire par la biomasse, en protégeant les sols contre la pollution et l’érosion, ou en mettant au point des technologies de contrôle de la température peu exigeantes en énergie et peu coûteuses à mettre en œuvre semble dans cette perspective un pari beaucoup plus raisonnable que celui qui consiste à tout miser sur la réduction de l’empreinte GES (gaz à effet de serre) de nos modèles pollueurs et pilleurs actuels.

La défense de la planète pour la planète n’a en effet pas grand sens. La planète n’a pas besoin de l’homme pour vivre. C’est l’homme qui a besoin d’elle. Le comportement pilleur et pollueur dicté par l’exigence du « tout, tout de suite » ne menace jamais que l’espèce humaine. La biosphère terrestre se remettra en fin de compte de sa stupidité : elle en a vu d’autres. C’est une évidence « incontournable », sauf à envisager littéralement de faire sauter la terre avec quelques tératonnes de bombes H judicieusement placées, ce qui n’est probablement pas si simple.

A l’inverse, donner la priorité à la protection de l’humanité a bien évidemment un sens, sauf peut-être pour quelques comptables confits dans leur misanthropie. Agir ainsi est autrement plus responsable vis-à-vis de nos contemporains comme des générations à venir que de s’interroger gravement pour savoir si ce sont les vaches et/ou les camions qui font monter le thermomètre, ne serait-ce que parce que de toute façon on ne peut pas éradiquer toutes les vaches, ni supprimer tous les camions, alors que l’on peut construire des digues et des stations de pompage, développer de nouvelles plantes résistantes à la sécheresse ou aux parasites, ou développer les cultures en mer pour éliminer les contraintes eau et surface cultivable de la production de biomasse.

On revient toujours au point central des troubles actuels : quels cataclysmes naturels et sociaux va-t-il falloir pour enfin remettre le respect de l’homme et de sa diversité au centre de nos problématiques, en lieu et place de croyances qui exigent la conversion ou l’élimination de tous ceux qui n’adhèrent pas à leurs préceptes, qu’il s’agisse de la foi dans un retour sur investissement à plus de 15%, du sauvetage de la planète indépendamment de celui des hommes ou parfois même d’une religion ?

 

Source: http://www.pauljorion.com/blog/?p=

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