Axel Kahn: la pétition contre les climato-sceptiques est infantile

Publié le par Axel Kahn

Axel Kahn - Carte blanche | Vendredi 9 Avril 2010 Marianne 2


Comme chaque semaine, Marianne donne « carte blanche » à un invité. Cette semaine, Axel Kahn, le président de l’université Paris-Descartes juge sévèrement la pétition de dénonciation des « climato-sceptiques »signée par 400 chercheurs et adressée à Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.



capture d'écran - dailymotion 
Marianne : Comment avez-vous réagi à la pétition lancée par 13 climatologues français, qui fustigent le déviationnisme idéologique des « climato-sceptiques » et les « accusations mensongères » dont ils seraient l’objet de leur part ?

Axel Kahn : Le procédé tout à fait inusité des pétitionnaires m’a choqué ; il me paraît fournir le modèle de ce que la science ne doit pas se permettre. Par définition, la science repose sur des controverses vives, qui impliquent un haut degré d’engagement et de véracité. Mais l’engagement est une chose, l’anathématisation en est une autre : la pétition n’a pas vocation à départager le vrai du faux. Dans cette affaire de climat, les positions réchauffistes, que je ne discute pas sur le fond, se sont peu à peu muées en vérité officielle. Face à cette vérité officielle, une petite troupe de récalcitrants a fait entendre une autre voix. Il me semble tout de même être étrange de présenter ces derniers comme de dangereux individus qui martyrisent le plus grand nombre de leurs collègues. Normalement, dans la grande tradition militante, on pétitionne contre des personnes dont la conduite est supposée répréhensible. De ce point de vue-là, la pétition dont nous parlons est sans objet.

S’agit-il, de votre point de vue, d’une démarche stalinienne ?

A.K. : Non pas stalinienne, mais, si vous me passez l’expres
sion, abracadabrantesque ! Le but de ce texte n’est aucunement de faire taire les adversaires du réchauffisme. Il trahit plutôt l’infantilisme extravagant d’une partie de la communauté scientifique si assurée de son confort paisible et certaine d’être adoubée, que l’inconfort de la critique lui semble invraisemblable. Cela me rappelle la bonne vieille dialectique et son habitude, dans les années triomphantes du communisme, de dénoncer la « dureté » de l’adversaire, même quand celui-ci était groupusculaire. Mais, au-delà de la pétition, ce qui fait problème et ne me semble pas acceptable, c’est que certains journaux choisissent leur camp, et épousent une cause en vouant ceux qui s’en écartent aux gémonies.

Diriez-vous qu’il existe aujourd’hui, en France, une « pensée unique » en matière climatique ?

A.K. : Si c’est le cas, ce ne peut être expliqué que par des changements idéologiques d’alliance qui se sont déroulés sur plus d’une trentaine d’années. Ils ont conduit le progressisme et la foi dans la science à changer de camp.

Que voulez-vous dire ?

A.K. : Que, peu à peu, les seuls laudateurs du progrès se sont recrutés du côté de la droite libérale. Aujourd’hui, la vieille droite antiscience et anti-progrès a cessé d’exister de façon substantielle. La ligne idéologique de la droite est technophile et industrialiste. Dans le même temps, les forces de gauche ont laissé croître dans leurs rangs le scepticisme envers la technique et le progrès, et même un antiprométhéisme. Jusqu’à un certain point, ce sursaut de scepticisme succédait à des décennies marquées par une foi d’airain dans la science, elle-même excessive. Mais, comme d’habitude, le balancier est reparti trop loin : aujourd’hui, la technophobie est malheureusement dominante dans la gauche française : d’abord en réaction à la technophilie nouvelle de la droite ; ensuite parce que l’alliance avec les verts est devenue incontournable pour la gauche.

Propos recueillis par Alexis Lacroix

Commenter cet article