Vers une guerre en Iran ?

Publié le par Le Gravier

Préparez-vous mesdames et messieurs, regagnez vos places, le spectacle va bientôt commencer. Ce spectacle, vous n'en vouliez pas au départ, mais nous vous avons démontré qu'il était dans votre intérêt. Accrochez-vous, ça va secouer, mais à la fin, le Bien vaincra. Vous ne serez pas déçus du voyage !


Un article publié dans " le vrai débat" http://www.levraidebat.com/

Ce spectacle, c'est la guerre en Iran. Et les spectateurs, ce pourrait bien être nous, les opinions publiques des pays occidentaux.

Revenons un instant en effet sur les derniers mois. Que constate-t-on ? Que l'Iran est régulièrement présent dans l'actualité médiatique, et qu'il y occupe systématiquement la place d'accusé numéro 1.

Toutes les deux semaines environ, une nouvelle affaire fait la une des médias pour nous prouver que le régime actuellement au pouvoir à Téhéran est particulièrement infréquentable, et que, pis, il nous prépare quelque chose de vraiment très méchant. Avec comme perspective bien sûr, la guerre. Elle n'est jamais souhaitée dans les discours, mais à force de ne pas la souhaiter, on finit toujours par y aller.

Avant la guerre du golfe, en 1990, la même mécanique s'était déjà mise en place. Il y avait le méchant, le quasi-diable, Saddam Hussein (aujourd'hui Ahmadinejad, le président iranien). Il y avait une menace, l'armée irakienne, "4ème armée du monde" nous disait-on à l'époque (aujourd'hui le supposé programme nucléaire iranien), il y avait des exactions épouvantables (les fameux bébés koweitiens arrachés à leurs couveuses dans les hôpitaux. On apprendra bien plus tard que cette histoire avait été montée de toutes pièces par une agence de communication. La jeune témoin venue en faire part les larmes aux yeux devant le Congrès était en réalité la fille de l'ambassadeur du Koweit aux Etats-Unis...on l'a su plusieurs années après). Aujourd'hui, il y a un régime iranien qui truque les élections, et menace chaque jour de vitrifier son voisin Israël.

On pourrait faire exactement le même exercice avant la guerre d'Irak, en 2003. A l'époque, on nous parlait d'armes de destructions massives, on nous montrait à la tribune de l'ONU des fioles au contenu effrayant. Et puis le drame du 11 septembre 2001 vaut à lui seul laisser-passer permanent pour la guerre "contre le terrorisme international".

 

La forte actualité autour de l'Iran nous amène à penser que nous sommes peut-être dans une phase pré-guerrière. Il y eut en effet l'élection contestée d'Ahmadinejad en juin dernier, avec près de 64% des suffrages. Rien ne prouve qu'un camp ou l'autre ait raison, mais pour les médias occidentaux la messe fut dite très vite : le président iranien n'avait pu que tricher.

 

Il y eut en France l'affaire Clotilde Reiss, dont la captivité, le procès et la libération sous caution ont étrangement occupé l'actualité médiatique pendant une bonne partie de l'été, sous l'effet de l'agitation de l'Elysée et du Quai d'Orsay. Encore une fois, les arguments iraniens, rarement exposés, furent immédiatement jugés irrecevables, dans un parfait unanimisme médiatique dont les journalistes français ont le secret.

Il y a les discours d'Ahmadinejad, excessifs et choquants il est vrai, qu'on nous ressort régulièrement, dans une traduction souvent approximative (le meilleur exemple de cette manipulation date du 25 octobre 2005. Depuis cette date, à peu près tout le monde croit qu'Ahmadinejad a dit "qu'Israël devait être rayé de la carte", comme l'ensemble des médias occidentaux l'ont répété en boucle, alors qu'il avait dit que le "régime actuellement au pouvoir à Jérusalem devait disparaître de la page du temps". Les mots "carte" et "rayé" n'ont jamais été prononcés, et surtout il y a une différence de taille entre un pays nommé comme tel et le terme "régime", qui désigne un mode de gouvernement ponctuel. Par exemple, dire que la France doit être rayée de la carte, ou dire que le régime républicain qui la dirige doit disparaître, ça n'est pas la même chose.).

En avril dernier, à Genève, la quasi totalité des ambassadeurs des pays membres de l'Union européenne avait d'ailleurs quitté la salle pendant le discours du président iranien, après que celui-ci avait qualifié de "raciste" le pouvoir actuellement en place en Israël. L'indignation était feinte, la mise en scène ayant été programmée bien avant le début de la conférence en question. Les caméras de télévision du monde entier avaient bien sûr été convoquées.

Il y a enfin ce dernier rapport de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique, qui dépend de l'ONU) chargée de contrôler le programme nucléaire iranien, civil et/ou militaire. Ce rapport ne contient pas d'élément véritablement à charge contre l'Iran. "Parce que l'Iran dissimule des preuves" ont immédiatement déclaré les Etats-Unis, Israël, et la France...Notons d'ailleurs le -triste- revirement de la France, en pointe en 2003 avant la guerre d'Irak pour soutenir l'AIEA, qui déclarait alors qu'il n'y avait pas de preuve de l'existence d'armes de destruction massive en Irak, alors que les Etats-Unis et Israël portaient déjà les mêmes accusations contre l'organisation onusienne. On sait maintenant qui avait raison...

Nous ne sommes pas là pour apporter un quelconque soutien à l'Iran, comme les opposants à la guerre d'Irak en 2003 n'étaient pas là pour soutenir le régime de Saddam Hussein.

Nous souhaitons alerter l'opinion, à partir d'une simple analyse de l'actualité médiatique de l'Iran dans les médias occidentaux ces derniers mois. Nous constatons que les ficelles utilisées pour d'autres guerres sont de sortie. La diabolisation du régime iranien gagne chaque semaine en puissance, au gré de nouveaux événements s'inscrivant toujours dans la même dynamique.

Nous espérons nous tromper, mais nous pensons, comme d'autres, que cette campagne médiatique n'est pas due au hasard. Il s'agit de préparer les opinions publiques à la guerre, de leur présenter l'attaque de l'Iran comme une issue indispensable pour rétablir la sécurité du monde. Pendant ce temps, la diplomatie fait toujours semblant de s'agiter, comme elle le faisait avant 2003 en Irak. Mais nous avons l'intuition que la messe en réalité est dite.

 

Contrairement à 2003, cette fois-ci la France est en première ligne. Le régime sarkozyste, secondé par Kouchner l'ultra-atlantiste, a totalement rompu avec les restes d'indépendance gaullienne. Sarkozy, Kouchner et Lellouche le secrétaire d'Etat aux affaires européennes, c'est à dire les 3 figures de la diplomatie française, étaient tous les 3 favorables à la guerre d'Irak en 2003. Cela doit nous conduire à être très prudents sur l'Iran, à déjouer les pièges médiatiques, et à utiliser la seule mais redoutable arme que nous avons : la puissance de l'opinion publique

Commenter cet article