Pourquoi nous soutenons l’appel au boycott

Publié le par Le Gravier

dimanche 13 septembre 2009

Ken Loach, Rebecca O’Brien et Paul Laverty -


Lorsque nous avons décidé de retirer notre film Looking for Eric du festival international de Melbourne en apprenant que le festival était en partie sponsorisé par l’État israélien, nous avons écrit au directeur, Richard Moore, pour lui exposer nos raisons.

 

 
Ken Loach


Malheureusement, celui-ci a déformé notre position et a recommencé la semaine dernière dans Comment is free dans le Guardian en disant « permettre que la politique personnelle d’un cinéaste l’amène à bannir un festival... est contraire à ce que représentent les festivals » et en prétendant que « les exigences de Loach sont inacceptables ».

Trois cinéastes (un réalisateur, une productrice et un scénariste) ont pris la décision de boycotter le festival, non pas dans quelque bulle abstraite et privée, mais après une longue discussion en réponse à un appel au boycott culturel émanant d’un collectif de la société civile palestinienne ; ce collectif rassemble des écrivains, des cinéastes, des travailleurs culturels, des groupes de défense des droits humains, des journalistes, des syndicalistes, des groupes de femmes et des organisations d’étudiants.

Moore devrait savoir à ce stade que la campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël (PACBI) a été lancée à Ramallah en avril 2004 et que ses objectifs, ses raisons et ses composantes peuvent être consultés facilement sur Internet. La PACBI fait partie d’un mouvement international beaucoup plus vaste en faveur du boycott, du désinvestissement et des sanctions (BDS) contre l’État israélien.

Pourquoi soutenons-nous ce mouvement international en expansion ? Pendant les 60 dernières années, Israël, avec l’appui des États-Unis, a témoigné d’un mépris total pour les centaines de résolutions des Nations unies, la Convention de Genève et le droit international. Il est apparu comme un état violent et brutal ainsi que l’ont montré à l’évidence les récents massacres de Gaza ; il a montré qu’il était même disposé à pousser son défi du droit international en utilisant des armes au phosphore.

Israël continue à se moquer de l’opinion mondiale ; l’exemple le plus évident de son intransigeance est sa détermination à continuer la construction du mur à travers les territoires palestiniens en dépit de la décision prise en 2004 par le tribunal international.

Et que fait la communauté internationale ? Rien, si ce n’est se plaindre. Que font les USA ? Ils continuent à faire connaître leur « grave préoccupation » tout en subventionnant l’État d’Israël à raison de quelque 3 milliards de dollars par an. Entre-temps « sur le terrain » - bon titre pour un film - les colons israéliens continuent à s’emparer des maisons et des terres palestiniennes rendant impossible le rêve d’un État palestinien viable. Vivre une vie normale, et jouir de droits humains fondamentaux est devenu un rêve illusoire pour la plupart des Palestiniens.

Devant l’échec du droit international et l’impunité de l’État d’Israël, les citoyens ordinaires n’ont d’autre choix que de faire de leur mieux pour combler cette lacune. Desmond Tutu a dit « la fin de l’apartheid est un des couronnements du siècle écoulé, mais nous n’y serions pas arrivés sans l’aide de la communauté internationale, en particulier celle du mouvement de désinvestissement des années 80. Durant les six derniers mois, un mouvement similaire a pris forme, visant cette fois à mettre fin à l’occupation israélienne ».

Lors d’un récent événement BDS dans la ville cisjordanienne de Ramallah, l’écrivaine Naomi Klein a frappé juste quand elle a dit qu’il n’y a pas de comparaison exacte entre Israël et l’Afrique du Sud. Elle a dit « la question n’est pas de savoir « si Israël est comme l’Afrique du Sud ? La question est « les actions d’Israël répondent-elles à la définition internationale de ce qu’est l’apartheid ? » Et si vous examinez la teneur de l’apartheid qui inclut les transferts de population, les multiples niveaux de droit, la ségrégation officielle de l’État, vous constaterez qu’effectivement, la situation correspond à cette définition - ce qui n’équivaut pas à dire qu’Israël est l’Afrique du Sud. Il n’y a pas deux États les mêmes. Ce n’est pas la question, c’est une confusion ».

Peu après l’invasion de Gaza, nous avons parlé avec le responsable d’une organisation de défense des droits humains travaillant sur place ; il nous a dit que les Israéliens refusaient de laisser passer des produits chimiques en quantité suffisante pour traiter convenablement l’approvisionnement en eau des civils ; ceci est un exemple évident d’une punition collective vindicative infligée à la moitié de la population.

Récemment, Neve Gordon, professeur juif de Sciences politiques dans une université israélienne a dit : « un État d’apartheid, est la manière la plus juste de caractériser Israël aujourd’hui ». Il s’ensuit que, lui aussi, appuie la campagne internationale de désinvestissement et de boycott. Nous avons l’obligation de prendre conseil auprès de ceux qui vivent à l’intérieur des territoires occupés.

Nous encourageons également d’autres cinéastes et acteurs invités dans les festivals à vérifier si ceux-ci bénéficient du patronage d’Israël avant d’y participer, et si tel est le cas, de respecter le boycott. Ce ne sont pas les cinéastes israéliens qui sont visés. C’est la participation de l’État israélien. La contribution est proportionnellement minime à un mouvement en expansion, mais l’exemple de l’Afrique du sud devrait nous encourager.

Ken Loach est un des cinéastes les plus célèbres du monde. Il a dirigé des films qui ont fait date pour la télévision pendant les années 60, comme Cathy Come Home ainsi qu’ une série de documentaires. Il a dirigé Kes, un des films britanniques les plus connus, dans les années 60 et, ces dernières années : Land And Freedom, Sweet Sixteen, My Name is Joe, The Wind That Shakes The Barley (lauréat de la Palme D’Or à Cannes).

 

Rebecca O’Brien

* Rebecca O’Brien est productrice de films indépendante depuis 20 ans.
Elle a produit neuf longs métrages, ainsi que de courts métrages avec Ken Loach, notamment Land And Freedom, Sweet Sixteen, My Name Is Joe, et The Wind that Shakes the Barley.

 

Paul Laverty

* Paul Laverty, ancien juriste spécialisé dans les droits humains, est devenu scénariste.
Ken Loach et lui travaillent maintenant sur leur douzième projet commun.

 

 





7 septembre 2009 -

Commenter cet article