RENTREE SOUS PRESSION PRIMAIRE

Publié le par Jean-Luc Mélenchon

Voici un long extrait du billet que Jean Luc Mélenchon a publié sur son blog le 2 septembre.
Le moins que l'on puisse dire est qu'il secoue fortement le cocotier de l'autre gauche.
A lire et à diffuser sans modération.
Fichues primaires ! Il est pitoyable que la rentrée de la gauche politique se soit faite sur un sujet aussi éloigné de toutes les réalités qu’affrontent le pays et notre peuple. Il est frappant de voir que celui qui passe pour en être l’ingénieux artisan est depuis peu en même temps membre du comité Juppé-Rocard chargé par Nicolas Sarkozy de faire des propositions concernant l’usage à faire du grand emprunt qu’il a décidé de lancer et dont les conséquences seront autrement concrètes que le mécano électoral dont toute la gauche a été sommée de débattre. Il est également frappant de voir que la pression pour cette trouvaille est orchestrée conjointement par des personnalités du Centre et des socialistes, des banquiers d’active et des syndicalistes à la retraite, tous auto proclamés comme précieux dépositaires de l’avenir de la gauche. L’injonction éditoriale sur le sujet a été d’une telle violence qu’elle a emporté toutes les résistances pourtant argumentées que contenait le parti socialiste peu de temps auparavant encore. Je ne crois pas cependant qu’il faille voir ce mécano comme une simple combinaison technique pour « rénover » le système de désignation des candidats de gauche aux élections. Selon moi, on ne peut pas dissocier l’instauration des primaires à gauche du projet politique que visent ceux qui ont poussé cette idée. Il ne manque pas d’esprits avisés qui savent à quel point ce système des primaires induit tout un large ensemble de conséquences. Il n’en n’est pourtant pas débattu. La scène politique semble subjuguée davantage que convaincue. Mais à la vérité, je ne crois pas que cette idée puisse s’imposer autrement que par cette sorte de passage en force tant elle bouscule jusqu’au fondement l’édifice sur lequel est construit la gauche. Il aura peut-être raison de la gauche elle-même. Je veux rappeler que ce ne sera pas la première fois. Je signale que les innombrables références au système américain s’accompagnent toutes d’un voile d’ignorance volontaire très troublant. Aux Etats Unis le système des primaires commence par la marginalisation des partis de gauche. Mais combien savent qu’il n’y a pas que deux candidats aux USA. Tous les autres sont effacés du tableau du fait même des primaires. A commencer par le candidat socialiste. Ces primaires fonctionnent de plus comme l’antichambre obligée où se bousculent tous les lobbies, carnet de chèques en main. Ils se remboursent ensuite sur la bête victorieuse, corrompant en profondeur l’esprit public nord américain et davantage encore celui de ses élites dirigeantes. Bonjour la modernité ! Un exemple plus proche peut-être également plus facilement analysé. C’est celui de l’Italie. Un concentré de désastre. Les primaires ont conduit à la fois à la liquidation de la gauche, dissoute dans un « parti démocrate » récusant l’étiquette de gauche, et à la plus lamentable défaite électorale de la gauche contre Berlusconi. Pour ne dire que cela. Pourquoi en irait-il autrement en France ? Déjà bien des analystes ont déjà largement démontré que les primaires invalident l’existence même d’une structure de Parti. A quoi bon en effet un parti quand un club d’affidés et un bon budget de communication suffisent pour mener la partie décisive. Au contraire, un parti, avec ses rythmes lents de décisions, ses structures collectives, ses obligations de mémoire, ses liens aux syndicats et associations, est un handicap majeur pour mener la guerre de guérilla médiatique, la course aux effets émotifs et tout ce qui va avec l’ultra personnalisation de la politique qu’implique une primaire. Je n’en évoque pas davantage à ce propos parce que le cœur de mon raisonnement à cet instant vise seulement à montrer comment le moyen choisi pour régler les problèmes que ce système prétend affronter les aggrave au contraire. Voyons cela. On entend dire par exemple que les primaires seront le moyen de surmonter les conflits de personnes qui minent les états major politiques. Ce sera le contraire. Il les envenimera. L’égocratie va en effet se déployer sans retenue. Chacun devra en effet se rendre « intéressant » pour capter de la sympathie et de l’appétit médiatique. Plus intéressant et appétissant que le voisin. Dès lors la défaite équivaudra à une disqualification personnelle plus offensante et meurtrissante que ne le sera jamais aucune défaite des idées ou du programme qu’un candidat peut porter. La pipolisation pourtant battra son plein quoique veuille les protagonistes. Elle sera une arme de combat. Qu’on se souvienne des conditions et des mots avec lesquels Ségolène Royal annonça en plein milieu de la soirée électorale des législatives de 2007 sa décision de divorcer d’avec François Hollande. Cette pente sera amplifiée par l’environnement idéologique que construit ce type de consultation. Cela d’abord parce que les contenus politiques iront au rabais. En effet dans cette sorte de compétition celui qui l’emporte est celui qui provoque le moins de rejet. Le devoir de chacun des candidats sera donc de rogner soigneusement toute aspérité du propos qui lui aliène un secteur de l’opinion. Dès lors l’idéologie dominante a de beaux jours devant elle. La pipolisation et la dépolitisation iront de concert comme c’est la règle en la matière. Machine à égotiser, le système des primaires est de ce fait en même temps une machine à niveler. Mécaniquement le centre de gravité d’une telle compétition se déplace vers le moins disant, le plus central c’est-à-dire le plus centriste. La norme de sélection fonctionne à l’inverse de la compétition qu’elle est censée préparer. Car, le moment venu, dans la campagne électorale, face au candidat de droite ce n’est plus le moins disant le mieux placé. C’est au contraire la candidature ouvrant le plus de propositions offensives qui concentre l’attention, créé le débat et fait le succès. On voudra bien se souvenir en effet que les victoires électorales de la gauche, celles de François Mitterrand en 1981, comme celle de Lionel Jospin en 1997 se sont faites avec des programmes clivant et non sur des propositions consensuelles. De plus, l’un contre la peine de mort, en plus du programme commun avec les communistes et l’autre avec les trente cinq heures ajoutèrent des angles aux angles. Ici se touche un point essentiel. Une élection ne se réduit pas au marketing qui l’anime. Ce sont les programmes d’une part et la volonté de les accomplir des personnes qui les portent qui, en définitive, mettent en mouvement le grand nombre d’un côté ou de l’autre. Je parle là de l’élection, la vraie. Car à l’occasion des primaires il en va tout autrement. Là, les votants sont abusés par la proximité idéologique des candidats. Tous sont censés être de gauche, je le rappelle. Leurs positions communes sont alors nombreuses. Les électeurs des primaires se disent alors que le vainqueur aura la sagesse de faire son miel de tout ce qui aura été dit et qui aura plu. Du coup les braves gens concluent qu’ils doivent choisir la personne qui a le plus de chance de l’emporter dans les urnes contre la droite. Comment peuvent-ils savoir duquel il s’agit ? C’est bien leur problème. Ils s’en réfèrent donc à ce que leur dit une autorité qui semble supérieure à tout a priori et à toute idéologie. C’est-à-dire l’opinion majoritaire des électeurs en général. C’est l’effet Panurge appliqué avec bonne volonté et assumé comme tel. Les participants aux primaires suivent donc le verdict des sondages. On se souvient du harcèlement sondagier qui accabla ainsi les socialistes dans la primaire que remporta Ségolène Royal. Elle était alors donnée gagnante contre Sarkozy avec 53 % des voix contre 47% au candidat de droite. Notons que le résultat final fut exactement l’inverse. Cet effet de nivellement n’empêchera pas pour autant un autre renversement de la dynamique électorale entre le processus des primaires et celui des élections elles-mêmes. Dans l’élection, quand plusieurs candidats sont présents à gauche, ils sont en compétition implicite. Mais leur discours est positionné contre la droite davantage que les uns contre les autres. Ceux qui se risquent à du démolissage dans leur camp, comme toute transgression de celui-ci en général, le paie souvent très cher. Ainsi Jean-Pierre Chevènement passa-t-il en 2002 de 14% des intentions de vote à 5% en quelques jours pour prix de son harcèlement contre celui qu’il appelait « chirospin » et pour s’être rapproché de l’extrême droite villièriste.
Après ce tour d’horizon général j’en viens à quelques remarques à propos de la dynamique d’une élection. Si cette primaire est proposée à toute la gauche c’est un tableau singulier qui est mis en place. Passons sur le fait qu’il aurait été de meilleure pratique de consulter les partenaires avant de les mettre au pied du mur. Voyons plutôt le présupposé de l’affaire. Il y en a un. De taille. C’est que le candidat issu des primaires doit ensuite gagner l’élection dès le premier tour. Car pour le second tour il ne dispose plus de réserve de voix puisque toute la gauche est censée avoir été mobilisée et s’être déjà regroupée sur son nom. Comment peut-on imaginer cela ? Ce n’est pas possible. Alors ? La réponse est évidente. Le deuxième tour ne peut alors être gagnant qu’avec une nouvelle alliance. Du coup le premier tour de l’élection présidentielle se transforme en réalité en une primaire avec les centristes. Celui des deux qui arrive en tête s’accorde avec le suivant « contre la droite ». Démontrez le contraire ! Ainsi de toutes les façons et par tous les bouts, tant sur la forme, le contenu et la dynamique électorale, le système des primaires est une machine à se donner des claques. Elle égotise, pipolise, nivèle et divise la gauche au profit d’un glissement centriste. Et celui-ci pour finir est incapable de répondre aux attentes actuelles d’une société mise en tension par la crise et en demande de changements sociaux et écologiques radicaux dans la vie diminuée que mène le commun des mortels.
FAIRE UN PREMIER TOUR OUVERT
Critiquer les primaires peut être mal compris, ne nous le cachons pas. Beaucoup peuvent croire que la pluralité des candidatures au premier tour est aujourd’hui un handicap. Nous devons donc d’abord expliquer pourquoi nous croyons qu’il faut une candidature distincte de l’autre gauche à tous les premiers tours. Cela résulte de l’état de la gauche en général. Aujourd’hui il n’y a pas de projet ni de parti fédérateur à gauche. Si les socialistes font un tel usage de l’appel au vote utile et parfois même se mettent à mentir sur le mode de scrutin lui même, comme ils le firent aux élections européennes en prétendant qu’aucune liste faisant moins de dix pour cent ne pouvait avoir d’élu, c’est qu’ils ont conscience de ne plus susciter d’adhésion par leur projet ni par eux mêmes. Le vote utile, et tout le terrorisme intellectuel qui va avec, est une façon de tordre le bras des électeurs de gauche pour les forcer à vaincre des réticences dorénavant très profondément ancrées. J’affirme donc que la gauche ne peut avoir aucune dynamique électorale majoritaire sans avoir, du début à la fin du processus électoral, une stratégie d’addition de force plutôt que « d’offre contrainte » réductrice du type : c’est à prendre ou à laisser, en bloc et tout de suite, pour cause de vote utile. Seule la compétition loyale au premier tour, tournée vers la conquête de nouveaux électeurs, arrachés à l’abstention ou à la séduction de la droite, permet qu’au second tour, les électeurs ayant choisi, on puisse se regrouper sans perdre son identité ni ses motivations. Les primaires préparent des soustractions, nous devons préparer des additions. Encore faut-il que nous-mêmes, l’autre gauche, nous soyons capables d’incarner une perspective crédible. Disons tout net que ce n’est pas facile à faire admettre quand on affiche la division dans laquelle nous sommes.
FAIRE UN PAQUET AVEC LES TROIS PROCHAINES ELECTIONS
On ne peut donc en rester à la critique des primaires déclenchées par les socialistes. Si nous le faisions, si l’autre gauche s’y cantonnait, nous ne serions pas compris. Bien des gens se détourneraient même de nous. Surtout si, par-dessus le marché, nous en restons à l’état de division dans lequel nous sommes actuellement. Je pense à notre relation, nous le Front de gauche, avec le NPA. Car même si le Front de gauche est un acquis et un appui, même si on nous est reconnaissant d’avoir su nous rassembler dans ce Front qui soulève tant d’espoirs, on nous tiendra rigueur quand même de ne pas essayer d’aller plus loin. Il faut que nous fassions une proposition dynamisante. Attention ! La proposition que le Parti de Gauche fait à ce sujet, n’a pas vocation à fonctionner comme un préalable à des accords plus limités. Bien sûr ! Mais il faut bien que quelqu’un ait l’audace de proposer d’avancer. Je renouvelle donc notre offre. Faisons un paquet des trois élections, les régionales, la présidentielle et les législatives. Je ne demande pas qu’on règle aujourd’hui toutes les questions des candidatures, et moins encore celles des personnes. Mais je propose qu’on annonce ensemble notre engagement commun dans ce sens. Il serait décisif d’annoncer que nous constituons un front durable, un front pérenne ! Nous pourrions soumettre cette proposition au vote de tous nos adhérents respectifs, dans le cadre et les règles de fonctionnement de nos partis. Sitôt que cette orientation serait adoptée, alors, chacun saurait, dans tous les recoins du pays, que son modeste effort s’inscrit dans le temps, s’inscrit dans la durée, qu’aucune énergie ne sera perdue, que rien de ce qui est donné ne sera dispersé, mais au contraire viendra sans cesse jour après jour s’additionner pour créer le grand mouvement, la dynamique, dont nous avons besoin pour passer en tête de la gauche. Et donc entraîner notre peuple dans cette nouvelle majorité politique dont nous avons besoin pour gouverner ce pays et le transformer de la cave au grenier ! Ne croyez pas que j’exagère avec cette proposition, pour embellir la tâche politique qu’il y faut accomplir. La vérité est que nous sommes aujourd’hui en dessous de la main. Nous devons avoir une ambition à la hauteur des circonstances politiques du monde. Il ne faut pas rabougrir notre pensée politique. Notamment pour l’immédiat. Je pense aux élections régionales. Nous ne sommes pas en compétition uniquement pour des sièges dans les assemblées régionales. Les élections régionales ne sont pas une fin en soi. Elles prennent leur sens dans une perspective plus large, dans le temps et dans l’espace. Ce seront aussi des élections nationales. Elles constituent le dernier test avant la présidentielle. En ce sens elles la préfigureront par bien des aspects. Le bilan de la gestion des régions non plus ne saurait être l’unique critère de décision pour un esprit éclairé. A ce propos, je dis tranquillement que les régions de gauche, telles qu’elles sont gérées, ont déjà apporté beaucoup aux Français. Il est absurde, par sectarisme, de réduire leur bilan à la seule personne de tel ou tel président. Comme s’il n’y avait pas des vice-présidents, comme s’il n’y avait pas des équipes d’élus, comme s’il n’y avait pas des politiques de gauche pensées par tous qui ont été mises en œuvre ! Pour autant nous proposons de faire, partout, des listes autonomes de l’autre gauche au premier tour. Si nous proposons des listes autonomes au premier tour, ce n’est pas par détestation des socialistes ou par détestation de ce qu’ils sont devenus. Ni pour dénigrer le bilan des équipes sortantes. Nous le faisons parce qu’il s’agit de construire une dynamique populaire. Si l’on réduit le champ du premier tour, tous en rangs derrière les sortants socialistes, il n’y aura pas la dynamique majoritaire dont nous aurons besoin au deuxième tour. Car le résultat du deuxième tour nous importe profondément. Et nous ne sommes pas les seuls à comprendre cela, quoiqu’on en dise. Le NPA, lui aussi, s’est prononcé pour la fusion des listes à gauche au deuxième tour. Les élections en effet sont un front de lutte décisif. Ce n’est pas un espace secondaire comme le prétend une certaine logorrhée gauchiste. C’est même l’unique occasion où un tel nombre de gens, ceux que je nomme « le grand nombre » dans mes propos se mobilisent sur des objectifs politiques et sociaux en s’engageant par un acte personnel. Nous y construisons un rapport de force qui sera projeté dans l’espace social et civique comme c’est toujours le cas. Aucun mouvement social ne s’est nourri d’une défaite électorale. A l’inverse un bon rapport de force électoral stimule la combativité et l’imagination rebelle. Mai soixante huit est aussi l’enfant d’une percée électorale de la gauche, a un siège d’écart de la majorité, aux législative de 1967 ! L’articulation entre action civique électorale et action sociale, voilà ce que nous construisons. Mais tout commence par l’autonomie au premier tour. Il faut pour cela qu’il y ait une offre politique qui permette une telle capitalisation, qui permette à la fois d’enrichir le débat et d’amplifier la mobilisation. Sinon, les plus puristes d’aujourd’hui devront passer sous les fourches caudines du plus puissant, qui dictera le soir du premier tour où il faut signer la reddition et qui concrétiseront le lendemain les alliances centristes qu’ils préparent. Annoncer que nous faisons un paquet des trois prochaines élections, si nos partenaires en sont d’accord, c’est impulser une dynamique dont nous bénéficierons dès maintenant, dès le premier tour des élections régionales. Car chacun saura dès maintenant que son bulletin de vote dans l’élection régionale participe à une dynamique beaucoup plus large, qui s’amplifiera ensuite à la présidentielle et aux législatives ! Voilà le raisonnement politique que nous faisons. Il est possible de marier l’exigence de l’identité et celle de l’unité. Il est possible d’offrir une nouvelle ligne d’horizon politique à notre peuple sans sombrer dans une logique du tout ou rien qui nous condamne à l’impuissance et livre le pays à la droite pour longtemps.
RESSERER L’ALLIANCE AU FRONT DE GAUCHE
Je forme le vœu que chacun de nos partenaires actuels ou potentiels prennent la mesure du danger que représente le bipartisme durable que les primaires risquent d’instaurer en France au détriment de sa tradition révolutionnaire et républicaine. Alors le sentiment du danger pourrait faciliter de grandes avancées dont chacun comprendrait qu’elles sont une forme d’adaptation intelligente aux circonstances. Nous ne partons pas de rien. Le Front de Gauche existe. Il a subit l’épreuve du feu dans les élections. Il a permis l’élection de cinq députés au parlement européen. Il a enregistré un progrès en voix et en pourcentage unique dans cette élection avec celui des écologistes par rapport au scrutin et aux formations comparables des précédentes élections tandis que les deux premiers partis perdaient plusieurs millions de suffrages. La démonstration du contraire a été également faite. Le NPA n’a eu aucun élu au parlement européen. Si nous avions été unis, nous aurions conquis douze sièges ! Et nous aurions provoqué la défaite de plusieurs personnalités de droite et d’extrême droite, preuve qu’une élection est bien un front de lutte très concret. Notre proposition de « paquet» a donc d’abord une efficacité électorale en vue. Mais je ne veux pas cacher que nous, au Parti de Gauche, voyons plus large. Nous ne perdons pas de vue nos objectifs de long terme qui visent à faire naitre un « nouvel acteur politique » a vocation majoritaire. Nous voulions créer un nouveau parti du type de Die Linke allemand. Cela n’est pas possible, puisqu’il n’y a pas d’accord sur ce point. Le Front est donc la formule choisie pour rassembler des forces sans dissoudre leur identité et leur histoire. Pour autant l’expérience de la campagne des élections européennes a montré que dans la pratique cette formule équivalait bien souvent à une vie commune de parti. Peut-être est-elle même plus efficace sur certains points quoique les pesanteurs ne doivent pas être sous-estimées non plus. Le processus d’organisation de ce « paquet » peut nous conduire à avancer aussi vers des formes de travail commun plus pérennes et donc plus facilement réactives. Le comité de liaison entre les partis affiliés au Front pourrait devenir un comité d’animation permanent. Les structures indispensables pour conduire trois élections sur le plan programmatique et matériel y trouveraient leur compte. Et surtout la consultation démocratique des adhérents de chaque parti serait grandement facilitée. Est-ce irréaliste ? Est-ce trop vouloir d’un coup ? Peut être. On va bien voir. Mais je voudrai, pour plaider cette cause, faire valoir ce qu’est déjà la situation. A l’heure actuelle le Parti de Gauche et le Parti Communiste siègent dans les mêmes groupes parlementaires dans les trois assemblées, ils sont en cours d’intégration dans la même association d’élus. Ce n’est pas tout. Nous venons d’engager la discussion pour notre adhésion au Parti de la Gauche Européenne (PGE) dont le PCF est déjà membre alors que d’autres partis communistes d’Europe comme le parti grec et le parti portugais refusent absolument d’y participer. A la fin, en l’état actuel tel qu’il est en réalité, la seule singularité serait ce fait qu’étant membres du même parti européen et du même Front politique national, nos équipe de directions y seraient moins intégrées que dans le plus modeste groupe d’élus municipaux. J’estime donc que la distance n’est pas si grande qui nous épare d’un approfondissement substantiel de notre alliance. La séquence n’est pas si longue à vivre d’ici aux législatives de 2012 pour qu’on s’interdise d’en faire l’expérience. Les bases y sont en tous cas. Dans ce schéma ce n’est pas seulement l’efficacité électorale qu’il faut avoir en vue. Plus exactement il faut considérer les moyens politiques que l’efficacité électorale peut nous donner pour peser sur l’avenir du Pays. Le Front peut et doit disputer aux sociaux démocrates le poste de pilotage de la gauche. Il ne peut le faire qu’en approfondissant ce qui fait son originalité c’est-à-dire le recours à la méthode de l’implication populaire, l’articulation des luttes sociales ou écologiques entre elles et avec la lutte politique, la pratique de « la gauche par l’exemple » dans les collectivités locales, le travail d’éducation populaire et la conduite d’une bataille culturelle constante, un internationalisme actif et concret. Rien de cela n’est réellement convaincant ni entrainant sans la synergie des forces que le Front rassemble. La main est tendue. Je suis sur qu’elle va être saisie. Et ce sera avec bonheur pour tous dans et autour de nos partis.

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