En attendant Godot

Publié le par Le Gravier

Récemment,  j’ai lu une traduction de l’intervention de Naomi Klein, le 2 mai 2009 à la conférence du 100ème anniversaire du magazine The Progressive. ( Naomi Klein : est aussi l'auteur de « No logo » et la Stratégie du Choc).

 Le sujet qu'elle aborde me paraît suffisamment intéressant pour que   J’en livre ici quelques passages  avec à la fin mes impressions personnelles :

D’abord les extraits :

« Ces derniers temps, généralement je parle du plan de sauvetage. Nous devons tous comprendre ce plan parce qu’il s’agit d’un cambriolage qui se déroule sous nos yeux, le plus grand vol de toute l’histoire monétaire. Mais aujourd’hui, je voudrais aborder les choses sous un autre angle : que se passera-t-il si le plan de sauvetage est un succès, si le secteur financier est sauvé et que l’économie retrouve ses marques d’avant la crise ? Est-ce que c’est ça que nous voulons ? Et après, à quoi ressemblerait le monde ?……

 

Il y a beaucoup d’indices qui montrent un retour de cette vieille pensée. Les salaires à Wall Street sont presque au même niveau qu’en 2007. Il y a une certaine excitation dans les annonces de reprises des marchés financiers. « Alors, on peut arrêter de culpabiliser ? » peut-on pratiquement entendre dire chez les commentateurs. « Ca y’est, la bulle est revenue ? …..

 

Et ils ont peut-être raison. Cette crise ne tuera pas le capitalisme, ni ne le changera de manière significative. Sans une énorme pression populaire en faveur de réformes structurelles, la crise ne sera au final qu’un ajustement trés douloureux. Le résultat sera un accroissement des inégalités, plus grandes encore qu’avant la crise. Parce que les millions de personnes qui sont en train de perdre leurs emplois et leurs maisons ne seront pas tous réembauchés de sitôt. Et les capacités de production sont très difficiles à reconstituer après leur liquidation.

 

Le terme de « sauvetage » est tout à fait approprié. Les marchés financiers sont en train d’être secourus afin de maintenir le navire du capitalisme financier à flot. Mais ce n’est pas de l’eau qu’ils sont en train d’écoper, mais des gens. Ce sont des gens qui sont en train d’être jetés par dessus bord au nom du « redressement ». Le résultat sera un vaisseau encore plus performant et plus agressif. Beaucoup plus agressif. Parce que plus il y aura d’inégalités – les super riches vivant aux côtés des super misérables – plus il faudrait faire preuve d’insensibilité. On a besoin de se croire supérieurs à ceux qui sont exclus pour pouvoir dormir tranquille la nuit. C’est ce système là qui est en train d’être sauvé : le même qu’avant, mais plus agressif encore

 

Et la question qui se pose à nous est la suivante : notre tâche consiste-t-elle à écoper ce navire, le plus grand bateau pirate jamais connu, ou de le couler et le remplacer par un autre plus solide, où il y aurait de la place pour tout le monde ? Un bateau qui n’aurait pas besoin de ces purges rituelles pendant lesquelles nous jetons nos amis et nos voisins par-dessus bord pour sauver ceux qui voyagent en première classe ? Un qui comprendrait que la Terre n’a pas les moyens de nous faire vivre tous avec plus en encore plus. Mais que cette terre a les moyens, comme l’a récemment déclaré à l’ONU le président de la Bolivie, Evo Morales, « pour tous de vivre bien ».

 

Ne vous y trompez pas : le Capitalisme sera de retour. Et le même message sera de retour, colporté probablement par de nouveaux visages : vous n’avez pas besoin de changer. Continuez à consommer tout ce que vous voulez. Il en reste encore plein. Fore, poupée, fore. Peut-être trouverons-nous un bricolage technologique qui résoudra tous nos problèmes.

 

C’est pour cela que nous devons être clairs dés maintenant. Le Capitalisme pourra survivre à la crise. Mais le monde ne pourra pas survivre à un autre retour du capitalisme.

 

Naomi Klein

 

 

Pour ceux qui souhaitent lire l’article en entier sans mes coupures arbitraires voici un lien ou le texte est en français :


http://cybersolidaires.typepad.com/ameriques/2009/08/le-capitalisme-a-la-maniere-de-palin.html

Pour ceux qui veulent le texte original , voici un lien pour avoir le texte en Anglais :


  http://www.naomiklein.org/articles/2009/07/capitalism-sarah-palin-style

 

Faut-il réduire le diagnostic de N. Klein à un simple pronostic gratuit ?

Je ne le pense pas.

N. Klein a raison, les indices qui indiquent que rien ne change sous le ciel du capitalisme sont inquiétants. Ceux qui ont le plus, en veulent encore plus et comptent bien pour obtenir ce résultat faire travailler encore plus ceux qui ont le moins. Ils comptent bien s’approprier encore plus de richesse. N’oublions pas que les zéros qui s’alignent  derrière le 1 des bénéfices et autres bonus bancaires astronomiques, sont tous des gages privés sur des biens, des richesses ou des ressources.

Peut-on me montrer le contraire ?

Où existe-t-il une autre politique?

Certainement pas en Amérique du  nord, ni en Europe Libérale, ni en Russie, ni en Chine. Alors  Où ? Peut être en Amérique Latine, mais il semble bien qu’une reprise en main soit en cours là-bas. Les évènements du Honduras nous le prouvent : les pauvres ne vont pas gagner si facilement.  On peut s’attendre à de gros soucis en Amérique Latine dans les mois et les années qui viennent. Le capitalisme ne rêve que de mise en privé, alors que la civilisation avance par la mise en commun.

Et en Amérique Latine comme ailleurs les tentatives de gestion en commun des bien communs sera combattue par la finance.

Oui les nuages noirs s’amoncellent.

Nous sommes au cœur d’un monde complètement déstructuré où aucune certitude n’est possible.

Les glaces poursuivent tranquillement leur fusion.

Les profits sont aux manettes de commandes du monde.

Des millions d’hommes ont une « existence qui n’est pas une vie ».

Et partout, nos responsables nous jouent une adaptation triste  de « En attendant  Godot »

Ici  il faudrait mettre le pluriel à Godot(s), car si les deux personnages paumés de Samuel Beckett (Vladimir et Estragon) attendent vainement la venue de  Godot , c’est  un Godot commun qu’ils attendent alors que nos  responsables, eux,  sont en pleine régression individualiste,  ils attendent leur « Godot »  Le Godot pour eux.  ( Godot destin national,  Godot ministère convoité,  Godot projet novateur,  Godot révolution,  Godot moralisation du capitalisme,  Godot sauvetage de la planète par une taxe…)

Ces multiples attentes provoquent en moi une inquiétude étrange, qui ressemble beaucoup à celle qui s’empare de l’aventurier quand un silence pesant se repend sur la brousse.

Que va-t-il se passer ?  J’aimerai  savoir pour pouvoir réagir, et ne pas rester là à attendre la « Godot solution qui marche» !

D’autant que  la dictature du fric est en train d’asphyxier l’humanité et la planète. Les  victimes sont  déjà nombreuses

Nous savons aussi que cette dictature, qui pille la planète et qui abime les hommes,  n’est pas sans liens avec la montée de tous les intégrismes religieux, et tous les extrémismes dont le terreau principal est la misère humaine.

La planète ne se réchauffe pas que du seul point de vue climatique !

Les crises,  les révoltes violentes se multiplient partout. Les émeutes de la faim début 2008, les évènements en Grèce, mais aussi en Chine ou Tibétains et Ouïgours ne sont plus en lutte contre une collectivisation imposée, mais contre un capitalisme sauvage imposé,  tout autant destructeur de leur culture.

Alors la conclusion de Naomi Klein : Le Capitalisme pourra survivre à la crise. Mais le monde ne pourra pas survivre à un autre retour du capitalisme.

 

 

 Simple prophétisme ?

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