Sauvons l'écologie antiproductiviste

Publié le par Le Gravier


Le Sarkophage est un journal de gauche, antiproductiviste, dont l'initiateur, Paul Ariès a rejoint le Parti de Gauche.
voici l'éditorial de Paul Ariés de Juillet/ Août

Editorial N° 13

 

Le Sarkophage oeuvre, depuis son lancement le 14 juillet 2007, à une convergence des antiproductivistes de gauche et des écologistes antilibéraux face au sarko-productivisme. Nous pourrions donc nous réjouir de l’excellent score de la liste Europe-Écologie, si ce succès ne constituait pas un risque majeur pour l’avenir même de l’écologie antilibérale. Ce danger est celui de la dilution de l’écologie politique au sein d’un vaste rassemblement vert-orange, pas plus sympathique que les convergences rose (ou même rouge)- orange. L’écologie antilibérale est menacée de disparition tout comme la gauche authentique. Ces dernières semaines ont prouvé que nos craintes étaient largement fondées. La convergence des écologistes s’est réalisée autour de la figure de Daniel Cohn-Bendit, enfant chéri des médias, devenu Dany-l’orange beaucoup plus que Dany-le-rouge. L’ancien enragé est aujourd’hui l’apôtre d’une écologie dry, cache-sexe d’un capitalisme vert. La journaliste Sophie Divry a dressé, lors du Contre-Grenelle de l’écologie organisé le 2 mai dernier à Lyon, le portrait de cet ex-révolutionnaire à partir de ses propres déclarations 1. On y découvre que, sous ses dehors d’enfant rebelle à la mèche toujours folle et aux mauvaises manières ostensiblement affichées, y compris lors de la soirée électorale, Dany l’orange rêve tout haut d’une société « inévitablement de marché » et qu’il n’hésite pas à clamer « Vive la mondialisation ! », à la face de tous ceux qui aujourd’hui paient la crise financière et sociale. Comment faire confiance à cet éternel politicien professionnel qui explique doctement qu’« il faut admettre que les machines travaillent sept jour sur sept donc admettre le travail du week-end », qui parle de privatiser la poste, qui ne trouve rien à redire au fait que les jeunes puissent être payés moins que le SMIC durant plusieurs années, histoire sans doute de faire leurs preuves, qui clame que l’artiste doit trouver lui même son propre marché, qu’Eurodisney serait un faux problème, qui prône l’autonomie des établissements scolaires et la participation de  l’industrie à la définition des contenus scolaires, qui se dit pour la limitation des dépenses publiques, et ajoute qu’il n ‘y aurait rien entre l’écologie de marché et le socialisme planifié. Le rebelle insiste : « Des services comme le téléphone, la poste, l’électricité n’ont pas de raison de rester dans les mains de l’État [...] il n’y a pas de raison qu’il existe un service public de télévision »...

 Le film Home de Yann Arthus-Bertrand constitue un autre mauvais coup contre l’écologie. Le journaliste n’est certes pas crédible en tant qu’individu, depuis sa participation prolongée au Paris-Dakar comme photographe officiel à l’heure où Renaud chantait 500 connards sur la ligne de départ, mais le professionnel aurait néanmoins pu réaliser un très bon travail. La beauté des paysages masque la laideur des thèses, mais aussi la part du non-dit. Ce choix esthétique est d’abord un choix idéologique, c’est celui d’une nature sauvage qui serait polluée par les humains, c’est la conception nord-américaine de l’écologie où l’humanité apparaît comme « en trop ». Ces paysages splendides n’évoquent rien pour l’immense majorité des humains et ne peuvent que renforcer un sentiment d’impuissance et de culpabilité. Arthus-Bertrand reprend la représentation de Dame nature, alors qu’il faudrait justement la combattre. Nous ne devons ni dominer ni être dominé par la nature, mais l’accompagner, comme le montrent les laboratoires du futur de notre ami « jardinier » Gilles Clément. Arthus-Bertrand montre aussi que les lois qui valent pour la société seraient ces lois naturelles couplées aux lois économiques, bref tout autre chose que des lois politiques au service des plus petits. Les films de Jean- Michel Carré (J’ai mal au travail) ou ceux de Marie-Monique Robin (Monsanto) font un autre choix : celui de l’intelligence collective, celui d’une interpellation qui permette aux spectateurs de (re) devenir des citoyens agissant pour leur émancipation. Arthus-Bertrand évacue la responsabilité du système, celle des logiques économiques. Le saccage de la planète, ce serait la faute à pas de chance... Ah, si nous n’avions pas découvert le pétrole. Ce parti-pris esthétique exonère de toute responsabilité les firmes qui exploitent et détruisent la planète. Le cas Pinault est exemplaire : première fortune européenne,
symbole de ces riches qui saccagent la Terre, Arthus-Bertrand le métamorphose en super-héros vert, en champion de l’écologie. Ce film n’ouvre aucune perspective sinon celle de culpabiliser les pauvres propriétaires de vieux logements, de vieilles voitures... bref beaucoup moins « écolos » que ceux des riches. Ce film ne nous dit rien sur la nécessité de faire décroître les inégalités pour sauver la planète. Il ne nous dit pas qu’il faudrait assurer à chacun les moyens de vivre frugalement mais dignement, c’est-à-dire de partager tout autrement un gâteau beaucoup plus comestible et savoureux. Ce film ne dit pas (et pour cause) qu’il faudrait démanteler les multinationales, il ne souffle pas un mot des dangers de la technoscience (irradiation des aliments, nucléaire, nanotechnologies, etc.), il ne dit pas (surtout pas) qu’il faudrait détruire l’appareil publicitaire responsable des modes de vie destructeurs. Arthus-Bertrand signe, avec ce film, un produit emblématique du nouvel impérialisme culturel, celui du « capitalisme vert », celui qui n’aura de cesse d’adapter la planète, les humains et l’écologie aux besoins du productivisme capitaliste, plutôt que de changer la vie. Ce film recycle tous les poncifs d’une écologie de marché avec le principe des droits à polluer, avec le mécanisme de compensation (je pollue, mais je paie...) à l’instar des vieilles indulgences. Ce film pollue l’écologie en y important les thèses des écologistes de marché. Claude-Marie Vadrot livre involontairement le secret de cette écologie cidevant. Dans une réponse à Vincent Cheynet, le directeur du mensuel La Décroissance, il écrit dans son blog de Politis en date du 24 juin : « Il vaut mieux tenter de détourner l’économie de marché que de faire son marché à l’extrême gauche après avoir cautionné le PS pendant vingt ans. » Bigre ! Détourner le capitalisme ? Beau projet. D’autres s’y sont essayés, comme Brice Lalonde qui expliquait que, face à ceux qui utilisent l’écologie pour faire du capitalisme, il fallait utiliser le capitalisme pour faire de l’écologie. On a vu où cela l’a conduit. Et si on essayait autre chose ?

 

Responsable rédaction : Paul Ariès

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